Stratégie Zéro Covid

Stratégie Zéro Covid

par Maxime MauryProfesseur affilié à Toulouse Business School – Ancien directeur régional de la Banque de France

 

« Le virus est le maître du temps. »

( E Macron, 15 mars 2021)

« La France est un canard sans tête. »

(P Kanner, 17 mars 2021 )

 

Depuis un an, la France a tourné en rond.

Incapables d’anticiper et de définir une stratégie contre la Covid, nous avons vécu dans le déni et couru après un virus qui, en mutant, est devenu le maître incontesté du jeu. Nous ne l’avons jamais précédé pour le contrer.

La souche anglaise a donc remplacé la précédente et relancé l’épidémie comme l’avait rigoureusement prévu le Conseil scientifique et l’Institut Pasteur. La vague qui s’abat sur nos hôpitaux est potentiellement aussi haute que celle d’avril 2020.

Complètement découragé, le pays se résigne à de nouvelles mesures sanitaires et ne dispose plus de visibilité.

Demain cela risque même d’être pire. Les souches sud-africaines et brésiliennes peuvent devenir à leur tour majoritaires par le jeu « darwinien » de la sélection des espèces. On sait qu’elles sont émergentes et résistent aux vaccins actuels. Tout notre plan de vaccination sera donc à compléter avec de nouveaux antidotes encore à finaliser et à produire. Il faudra tout recommencer en revaccinant sans cesse contre une maladie qui menace de devenir endémique en Europe.

La production des vaccins va ressembler de plus en plus à une « économie de guerre ». Il faudra donc mutualiser l’effort de production au bénéfice de tous.

Sans changement de stratégie, un troisième puis un quatrième confinement sont donc en vue et la politique de « stop and go » délétère semble devoir se poursuivre indéfiniment. Elle nous ruine par son absence de stratégie fondée sur la science. La seule stratégie pertinente est bien l’éradication du virus.

Comme toujours au fond du désespoir, des voix courageuses s’élèvent mais ne sont pas entendues. Elles plaident pour une stratégie « zéro covid » sur le modèle des pays qui dans le bassin Asie-Pacifique sont parvenus à éradiquer le virus.

Celles des économistes Patrick Artus et Philippe Aghion. Celle de l’épidémiologiste-biostatisticienne Catherine Hill. Celle du Conseil scientifique, réduit au silence. Celle de l’ancien ministre de la santé Douste-Blazy, toutes vont dans le même sens. Et la chancelière Merkel semble sur la même longueur d’onde. La solution passe par une politique « Zéro Covid » européenne.

Que nous disent-elles ?

Qu’il est possible d’éradiquer l’épidémie. Comme l’ont fait 11 pays du bassin Asie-Pacifique. Ils sont aujourd’hui triomphants et en pleine croissance. Simple illustration de cette stratégie « zéro covid », la Corée du Sud avec 51 millions d’habitants a eu moins de 1500 morts. Et 900 décès à peine sont à déplorer en Australie pour 26 millions d’habitants……

Comment ?

En prenant des mesures sanitaires localisées, fortes et anticipatrices, qui considérées comme un investissement, sont moins coûteuses que l’interminable « stop and go » actuel.

Elles supposent préalablement de revenir en France à 5000 contaminations par jour ( contre 30 000 actuellement ) pour pouvoir enfin tester efficacement et isoler les malades. C’est ce qui avait été décidé fin octobre et n’a malheureusement jamais été fait.

Nous disposons maintenant d’une artillerie lourde pour éradiquer ce virus : ce sont les tests salivaires enfin autorisés qui nous permettent , en suivant la trace du virus dans les eaux usées, de le traquer. Le facteur dépose un tube dans votre boîte aux lettres, on crache dedans, on a le résultat dans les 48 heures et on s’isole si l’on est contaminé. Il faut le faire maison par maison , immeuble par immeuble, quartier par quartier, ville par ville. Faire enfin la guerre au virus ! En l’éradiquant au lieu de le laisser circuler et muter. L’ancien ministre de la santé Douste-Blazy propose de recruter 15 000 supplétifs de santé pour tester massivement et isoler les malades.

En confinant d’une manière adaptée territorialement. Fût-ce pour des périodes très courtes une fois revenus à 5000 contaminations par jour, le temps de faire des tests massifs et efficaces.

L’OMS confirme que même à ce prix, la crise sanitaire durera jusqu’à la mi-2022. C’est donc une course de fond qui exige d’abord de sortir du déni collectif de stratégie entretenu par les médias et les politiques. Et de dire enfin la vérité !

« Vivre avec le virus » était donc un contre-sens. A la guerre, on ne vit pas avec son ennemi. Sans cette stratégie offensive « zéro covid », nous nous exposons à des mutations sans fin d’un virus de plus en plus dangereux. Nous nous exposons à un « juin 1940 sanitaire » et à notre déclassement mondial par une maladie endémique.

Parallèlement, il faut évidemment vacciner massivement et rechercher le médicament pour traiter la maladie. Nous restons parmi les derniers pour la vitesse de vaccination. Mais la vaccination n’est qu’une partie de la solution.

Le problème reste avant tout politique : comment abandonner le court-termisme, la culture médiatique du « ressenti », la flatterie démagogique de l’opinion, le déni du courage et de l’effort collectif ? comment rétablir la science dans son autorité ?

Comment sortir du populisme de plus en plus dominant en France ?

Voilà en réalité la question de fond que cette pandémie a révélée.

Et sur ce sujet le débat est malheureusement interdit.

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