Pour une Fédération européenne, vite !

Pour une Fédération européenne, vite !

par Maxime MauryProfesseur affilié à Toulouse Business School – Ancien directeur régional de la Banque de France

Avec une récession deux fois plus forte en 2020 qu’aux États-Unis ( -7,3 % versus -3,5) – et face à une Asie triomphante qui a vaincu la pandémie par la méthode « Zéro covid » puis renoué avec la croissance par un large accord de libre-échange régional autour de la Chine -, l’Europe est en voie de déclassement.

Depuis 2010, le revenu par habitant a progressé de 5000 euros au nord de la zone euro par rapport à la moyenne de ses 19 membres mais il a baissé de 6000 au sud. La France a suivi la moyenne.

Cette divergence des performances mine l’unité de notre zone monétaire et la pandémie aggrave maintenant ces écarts par l’atteinte qu’elle porte au tourisme dans les pays de l’Europe du sud.

Les chiffres de la récession de 2020 expriment ce surcroît de divergence lié à la crise sanitaire : ainsi l’Allemagne n’accuse que -5% lorsque l’Espagne atteint -11 % de baisse du PIB.

Les écarts des performances extrêmes sont devenus très préoccupants dans la zone euro.

Quelques exemples :

  • Entre la France et l’Allemagne, le poids de l’industrie dans le PIB varie du simple au double ;
  • Entre les Pays-Bas et l’Italie, le poids relatif de la dette est de 1 à 3 ;
  • L’effort de recherche-développement est trois fois plus soutenu en Autriche qu’en Espagne ;
  • Et dans ce pays le chômage des jeunes est 7 fois plus fort qu’en Allemagne.

 

L’Europe du sud s’éloigne donc inexorablement de l’Europe du nord tout en partageant la même monnaie. Est-ce durable ?

L’économiste Robert Mundell, nobélisé l’année même de la naissance de l’euro (1999) pour ses travaux sur « les zones monétaires optimales », estime que ça ne l’est pas sans quelques conditions minimales qui devraient prendre aujourd’hui les orientations suivantes :

  • Une « Union de transferts » est nécessaire pour compenser les écarts de développement. Décidée en grandes pompes le 21 juillet 2020 avec l’idée audacieuse d’un emprunt européen de 750 milliards, cette innovation avait suscité un grand espoir.

Mais il faudra attendre un an-et-demi, fin 2021, pour en toucher la première tranche (de l’ordre de 15%). Les États-Unis vont beaucoup plus vite avec leur plan de relance de 1900 milliards qui, ajouté aux précédentes mesures, forme un pack anti-crise de 4500 milliards.

  • Une mutualisation d’une partie des dettes souveraines consoliderait l’euro autant qu’une annulation de la dette covid l’affaiblirait. Avec des écarts de taux d’intérêt à leur plus bas niveau depuis les débuts de la monnaie unique, cette consolidation devient désormais possible. Nous proposons qu’une partie des dettes nationales soit convertie en dette européenne rendant ainsi les 19 pays de l’euro définitivement indissociables. L’économiste Jacques Delpla a proposé une méthode rigoureuse : mutualiser la « dette bleue », inférieure à 60 % du PIB, et laisser la gestion de la « dette rouge » à la charge de chaque État.

Ce devrait être une priorité.

  • Le Pacte de stabilité sera refondé sur la base d’une feuille de route plus souple, État par État, garantissant la durabilité de la dépense publique et de la dette tout en privilégiant l’investissement public.
  • Enfin un « gouvernement de coordination » couronnera l’ensemble par la naissance d’une jeune Fédération d’États-nation prolongeant et consolidant la construction de l’euro. Un directoire fédéral réunira chaque mois les Chefs d’État : il se fixera des objectifs stratégiques de convergence fiscale, sociale et environnementale basés sur les meilleures pratiques. Il assurera notre souveraineté économique à l’échelon continental en favorisant la constitution de champions européens.
  • Pas d’administration ni de super-gouvernement ! Un simple secrétaire- général et un ministre des finances rattachés au directoire complèteront la jeune Fédération. Tel est le message que nous a laissé le défunt président Valéry Giscard d’Estaing dans son livre « Europa » toujours actuel. Voilà une vraie vision de notre avenir à partager et à enrichir.
  • Ainsi constituée, la jeune Fédération européenne positionnera les nouvelles taxes écologiques et de réduction des inégalités dont le monde post-covid a tellement besoin. À commencer par la taxe carbone et la taxe carbone aux frontières. Le service de la dette sera ainsi assuré tout en finançant la transition énergétique.

Face aux défis redoutables du monde post-Covid, à nous Français et Européens de savoir si nous voulons exister ou végéter !

Il faut donc maintenant relever le défi exprimé jadis par la formule visionnaire de Jean Monnet :

« L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises. »

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