Le Mali face au COVID 19: Sommes-nous à la hauteur ? (3ème volet)

Le Mali face au COVID 19: Sommes-nous à la hauteur ? (3ème volet)

 

Dernier Chapitre : Volets économique, institutionnel et politique

 

La riposte face au coronavirus COVID 19 nous impose de changer de paradigme car la menace est d’une
dimension non égalée jusqu’à présent. Il n’est pas possible d’aborder la question avec les outils du
passé et selon une organisation classique. C’est pourquoi il est impératif que nos moyens
institutionnels soient revus.
La lutte doit avoir un visage et une voix et ne peut être portée que par les premiers responsables de
l’Etat. Le Chef de l’Etat et son Premier ministre doivent être à l’avant-garde de la guerre. La menace
n’est pas seulement sanitaire. Elle impacte notre économie, nos modes de vie, nos relations
socioculturelles et les fondements même du pays comme cela est visible ailleurs. Les premiers
responsables doivent occuper le front de la lutte et engager ainsi l’ensemble des moyens
administratifs, logistiques, financiers disponibles pour y faire face. Ils doivent reconfigurer l’appareil
étatique pour le mettre selon un mode permettant une réponse multidimensionnelle face à la
pandémie. Aucun secteur ni domaine ne sortira indemne de la situation actuelle. Les responsables
publics, au-delà des questions urgentes, doivent s’organiser, au niveau de leur périmètre, pour
répondre aux défis à moyen et long terme auxquels il faudra faire face dans les mois et années à venir
du fait de cette crise. Par exemple, un Ministre sectoriel, outre la mise en place de dispositifs de
protection et de riposte propres à son secteur, doit d’ores et déjà anticiper les impacts de cette crise
sur ses politiques, stratégies, projets et programmes sectoriels et organiser les inflexions
indispensables à apporter. Chaque responsable public doit se convaincre de mener cet exercice.
De manière fonctionnelle, pour des besoins de coordination, il est souhaitable qu’une instance
appropriée, représentative, dotée des moyens institutionnels appropriés, soit mise en place. Elle doit
bénéficier des éclairages scientifiques indispensables d’experts aux compétences variées (santé,
économie, société…) et à l’indépendance incontestable. Elle doit également se fonder sur une stratégie
de communication cohérente, véridique et appropriée.
La reconfiguration du sommet de l’Etat créera un mouvement de fond qui irriguera l’ensemble du pays
et pourra gérer toutes les dimensions de la riposte telles que présentées dans les deux précédents
chapitres de la présente contribution. Il devra également accorder la plus grande attention à la
dimension économique de la crise et mettre urgemment en place, comme sous d’autres cieux, des
mesures significatives de soutien aux acteurs économiques.
Le soutien aux entreprises est incontournable pour éviter aux pays un désastre économique en écho
aux difficultés sanitaires. Ces mesures peuvent porter sur le report des échéances fiscales, des aides
ciblées aux secteurs les plus fragiles ou encore le versement de subventions orientées afin de donner
de l’oxygène aux entreprises et leur permettre de fonctionner. Les autorités doivent travailler de
concert avec le patronat qui a déjà formulé des propositions dans ces sens. Les mesures économiques
compléteront les initiatives sanitaires ou sociales pour donner un contenu à un véritable « Plan
Marshall » pour le Mali face à la crise du COVID 19. Des pays voisins nous ont déjà devancés en la
matière. Il est impératif de produire ce plan, lui trouver les financements appropriés et le conduire de
manière diligente et dans une transparence absolue.

Nos autorités doivent apprécier la possibilité de mutualiser les besoins des pays africains à l’échelle de
l’UEMOA, de la CEDAO voire de l’Union africaine pour en rechercher le financement. Cela facilitera les
négociations avec les partenaires afin d’obtenir les subsides, qu’ils soient sur une base bilatérale ou à
l’échelle multilatérale (la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement qui a levé un
emprunt de 3 milliards de dollars pour aider l’Afrique ou encore l’Union européenne, etc.). Ensemble,
nous serons plus efficaces pour négocier la possibilité d’orienter les fonds disponibles vers l’urgence
liée au COVID 19. En tout état de cause, le Mali doit se situer à l’avant-garde de ce processus tout en
engageant des initiatives bilatérales vers toutes les options disponibles.
Notre plan doit être exhaustif dans l’identification des besoins immédiats, à court et moyen terme du
pays. Ce qui lui permettra de résister et d’être ensuite en mesure de relancer l’économie vers la fin de
l’année 2020. Le Secrétaire Général des Nations Unies estime qu’un plan de cette nature devrait
atteindre 10% du PIB pour être véritablement efficace. A notre échelle, cela se traduira par un besoin
global d’au moins 1000 milliards de FCFA, soit très loin des 6 milliards de FCFA dégagés par l’Etat ! Il
nous faut urgemment changer de dimension et nous organiser en conséquence.
De manière tout aussi urgente, à l’instar des Seychelles, un collectif budgétaire pour adapter les
prévisions de 2020 paraît incontournable. Nous devons impérativement revoir les dépenses à la baisse,
scruter tous les postes pour faire des économies en ne sanctuarisant que la sécurité et la santé. Les
économies réalisées pourront servir la cause de la riposte et convaincre nos partenaires des efforts
que nous faisons sur nous-mêmes d’abord avant de leur demander d’en faire pour nous assister. La
baisse importante des cours du pétrole fera réaliser des économies importantes pour les finances
publiques maliennes qu’il convient d’orienter vers la lutte contre les effets du COVID 19.
Compte tenu du caractère exceptionnel de la situation, les autorités doivent apprécier la prise de
mesures institutionnelles pour accompagner les changements importants à l’organisation et au
fonctionnement de l’Etat. Il existe la possibilité d’utiliser les dispositions des articles 49 ou 50 de la
Constitution, prolongées par la Loi 2017 055 du 6 novembre 2017 et le décret qui institue l’Etat
d’urgence, pour mettre en évidence la menace existentielle que cette pandémie constitue pour le pays
afin de mobiliser toutes nos énergies. Nous pouvons également relire le décret qui instaure l’Etat
d’urgence afin de le renforcer et faire les adaptations législatives et règlementaires nécessaires pour
orienter le Mali entier contre ce mal et ses conséquences. Il apparaît évident dans ce contexte que le
processus des élections législatives devrait être suspendu en attendant des moments plus favorables.
Il n’est pas cohérent d’envisager des mesures urgentes et de laisser se dérouler des élections comme
si de rien n’était.
Le chef de l’Etat et son équipe doivent engager l’ensemble national dans la riposte
multidimensionnelle face au nouveau coronavirus. Ils en ont les moyens. La question essentielle est de
savoir s’ils ont mesuré l’ampleur des défis ou encore la profondeur de la menace. L’histoire nous le
dira.

 

Par Moussa MARA,
Ancien Premier Ministre du Mali
Président
PARTI YELEMA

 

 

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