Le Mali face au COVID 19: Sommes-nous à la hauteur ? (2ème volet)

Le Mali face au COVID 19: Sommes-nous à la hauteur ? (2ème volet)

 

Chapitre 2 : Volet social

 

La riposte sanitaire vigoureuse, dans un cadre de transparence absolue sur la réalité, permettra de
susciter la confiance des populations et leur acceptation de mesures difficiles pour stopper la
circulation du virus dans notre pays. Ces mesures toucheront chacun dans son existence et nous
devrons tous modifier nos habitudes pour nous y conformer dans l’intérêt de la nation.
Comme vu ailleurs, nous devons réduire les mouvements des populations et les occasions de contact.
Cela passera sans doute par la sanctuarisation des villes, notamment Bamako. Il faut faire suivre ces
mesures par des initiatives destinées à convaincre les populations de rester chez elles. La diminution
de l’activité gouvernementale et celle des administrations, le soutien massif au télétravail, le recours
systématique à la visioconférence aideront à cela. Les autorités doivent engager des subventions
diverses aux populations pour le paiement de l’eau, l’électricité, le téléphone, internet…allant jusqu’à
la gratuité de ces services essentiels. Il faut envisager la prise en charge des loyers qui constituent le
plus gros poste de dépense des populations urbaines pauvres. Le soutien aux livraisons à domicile, les
distributions gratuites d’aliments sont à organiser pour pousser les citoyens à rester chez eux. En
Afrique, il n’est pas possible d’engager le confinement intégral des populations. Il est néanmoins
possible de conduire des activités qui aideront nos pays à limiter fortement les contacts.
Les initiatives publiques décrites ci-dessus reviennent à l’Etat central. D’autres initiatives doivent être
confiées aux collectivités territoriales pour être mises en œuvre de manière efficace. Elles
complèteront ainsi les activités engagées individuellement par les citoyens ou les organisations de la
société civile.
Les mairies, conseils de cercle ou de région doivent rapidement emboiter les pas du Gouvernement. Il
faudrait systématiser la mise en place d’équipements de prévention, des kits de lavage de main… dans
les lieux publics comme les marchés, les lieux de sports collectifs, les bâtiments publics, etc. Les
collectivités doivent agir auprès des acteurs économiques locaux (maisons d’artisans…) pour une prise
de conscience et la promotion des attitudes de protection à ces différents niveaux. La reconfiguration
de nos centres d’état civil (quartier, village) pour sensibiliser, informer les usagers est à opérer
rapidement. A l’échelle locale, il faut organiser la prise de mesures limitatives des rassemblements
sociaux (mariage, baptêmes, funérailles…) pour freiner la propagation de la maladie. Les pouvoirs
locaux doivent également soutenir le renforcement des capacités des Centres de santé
communautaires ou de références (CSCOM, CSREF) et les hôpitaux régionaux afin de lieux les ancrer
avec le dispositif national. La coopération avec l’Etat contribuera à rendre le dispositif sanitaire
national robuste.
Des efforts organisationnels, financiers et matériels importants sont attendus des collectivités
territoriales pour conduire toutes ces initiatives de manière satisfaisante. Elles doivent y être engagées
et encouragées par le pouvoir central.
Au niveau de la société civile, les acteurs économiques doivent être incités à modérer les prix des
produits courants. Cela peut aussi s’illustrer par la fixation des prix de certains produits de première
nécessité par les autorités politiques compte tenu du contexte.

Au-delà de la modération des prix, il convient d’engager toutes les organisations socio professionnelles
à définir des règles d’hygiène, de protection, de mesures de sauvegarde…à imposer à leurs membres.
Toutes les organisations doivent être mobilisées pour ce faire. La pandémie du coronavirus 19 a
ébranlé le monde, chacun doit comprendre cela et se mettre à hauteur des enjeux.
Les organisations et leaders religieux sont à impliquer dans la prévention contre le virus. Il est impératif
qu’ils agissent sans discontinuer vers une meilleure mobilisation des populations. La fermeture des
lieux de culte en fonction de l’évolution de la menace doit être régulièrement évoquée avec eux pour
prendre des décisions appropriées en la matière.
Enfin, Il faut écouter le monde des entreprises et établir avec eux un réel partenariat en vue de la mise
en œuvre des propositions qu’ils ont faites pour aider le pays à mieux faire face aux conséquences de
la pandémie.
Au-delà de l’Etat, des collectivités et des organisations de la société civile, chaque malien doit
comprendre qu’il lui faut agir pour se protéger et protéger ses proches de ce mal envisage et sournois.
Aucune mesure de sécurité publique ne sera porteuse en l’absence d’actions citoyennes individuelles
indispensables à sa durabilité.
Chaque citoyen qui le peut doit s’investir dans la sensibilisation des maliens, faire des vidéos, intervenir
sur les radios et dans les plateaux de télévision pour alerter, informer et contribuer à éclairer nos
compatriotes. Les personnalités populaires, bénéficiant d’un soutien important au sein de la
population doivent s’impliquer sur ce segment de la lutte. Elles pourront d’ailleurs se mettre ensemble,
à l’échelle d’une zone donnée ou au niveau national pour lancer des messages ou conduire d’autres
initiatives. L’engagement individuel, notamment venant de personnalités, peut aider à une plus grande
vulgarisation des attitudes positives au sein de la population. Les autorités nationales et locales doivent
obtenir des citoyens célèbres un plus grand niveau d’engagement au service du pays et de son action
contre ce virus.
La cotisation aux fonds créés pour soutenir la riposte est souhaitable. Il est cependant plus efficace de
localiser les fonds et de soutenir les engagements aux plus proches des populations afin d’éviter les
lourdeurs administratives liées à un fond national et à son utilisation.
Les citoyens qui en ont les moyens peuvent également soutenir les initiatives de prévention : donner
des masques, des gels, des gants, du savon dans les lieux publics comme les marchés, places publiques,
gares routières, mosquées, églises ou lors des cérémonies. Chacun doit s’engager à aider nos
compatriotes à disposer du minimum pour se protéger.
Un autre niveau d’engagement citoyen peut se traduire par l’organisation de rencontres restreintes
destinées à sensibiliser les citoyens sur les comportements sains, les informer correctement, et les
amener elles-mêmes à être vecteurs de sensibilisation.
La guerre contre le COVID 19 ne peut être menée par les seuls pouvoirs publics. Nous devons nous en
convaincre et les aider du mieux que nous pouvons à la mener au bénéfice de notre pays.

Par Moussa MARA,
Ancien Premier Ministre du Mali
Président
PARTI YELEMA

 

 

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