A quand le grand retour de l’inflation ?

A quand le grand retour de l’inflation ?

par Maxime MauryProfesseur affilié à Toulouse Business School – Ancien directeur régional de la Banque de France

 

 

 

Les responsables professionnels estiment que 30% des bars, hôtels, restaurants disparaîtront rapidement après leur réouverture, épuisés par les effets délétères d’une si longue inactivité. Ceux qui survivront augmenteront leurs prix. D’autant plus facilement que la concurrence sera moindre et qu’ils auront besoin de trésorerie. Et le même processus prévaudra hélas dans beaucoup d’autres professions.

La crise sanitaire a changé notre vision du monde. Nous voulons désormais restaurer notre souveraineté économique,

Relocaliser nos productions stratégiques, refonder notre résilience sur des circuits courts. Tant mieux ! Mais tout cela coûtera plus cher.

Stabiliser le climat demandera des énergies 100% renouvelables. Oui mais le prix de l’énergie en sera triplé à long terme comme l’a calculé Patrick Artus. Par ailleurs, la production mondiale de pétrole fléchit depuis 2019 car nous sommes entrés dans la seconde moitié de l’or noir (avec des pétroles de schiste en déclin). Nous verrons donc probablement le baril à 150 dollars avant 2025. Demain fort heureusement, le monde vivra sous l’empire d’une taxe carbone régulatrice mais qui atténuera les bénéfices de la mondialisation sur le niveau général des prix.

Qui va payer ?

Pour amortir les chocs immenses des récessions (2008 et 2020), les banques centrales ont créé beaucoup de monnaie. La base monétaire mondiale a été multipliée par 8 en 10 ans. De 2015 à 2022, la BCE aura racheté 4350 milliards d’euros de titres obligataires.

Soit l’équivalent de 36% du PIB de la zone euro ! Ce chiffre est inouï.

Où est donc allé le surcroît de liquidité correspondant à la monétisation des dettes ?

Dans les actifs boursiers, immobiliers et obligataires. Or tous les indicateurs nous prouvent que la valeur de ces actifs a largement décollé de leurs niveaux d’équilibre. Gare à la bulle !

L’épargne et les inégalités s’en sont accrues d’autant.

Quels vont être les effets de tant de monnaie en circulation sur le niveau général des prix ? Les économistes prétendent l’ignorer. Voire.

Aux États-Unis déjà, de multiples signaux d’inflation apparaissent dans une économie proche du plein emploi : le taux d’intérêt à long terme s’éloigne de plus en plus des niveaux européens ( 175 points d’écart) et les anticipations d’inflation se sont envolées. Pas encore dans la zone euro.

Que faire face à cette menace ?

D’abord préserver ce bien collectif qu’est l’euro. Cette grande monnaie que nous avons créée nous permet de jouer dans la cour des grands; elle constitue le parapluie de notre pouvoir d’achat.

Il est donc inepte de vouloir annuler la dette covid en violant les Traités européens qui fondent la stabilité et la crédibilité de l’euro. La dette covid dort paisiblement dans les comptes des banques centrales qui en ont racheté les 3/4 et nous assurent contre une hausse éventuelle des taux d’intérêt. Ce que l’Etat versera demain à la banque centrale en intérêts (actuellement négatifs ou nuls), celle-ci le lui reversera en dividendes.

Annuler les dettes aboutirait à mettre les investisseurs en fuite et à créer toujours plus de monnaie. Jusqu’où ?

Arrêtons de brasser des chimères !

Pas d’annulation de dettes, et relativement peu de croissance hélas car nécessité absolue d’une réduction prononcée des gaz à effet de serre pour stabiliser le climat. Voilà l’équation à résoudre. Elle est redoutable.

Le monde de sobriété qui nous attend devient donc incompatible avec les gros dividendes et les rémunérations mirobolantes. C’est là qu’il nous faudra réguler pour trouver nos marges de manœuvre. Tout en reprenant les réformes abandonnées en France.

Nous aurons besoin de simplicité et de solidarité. C’est la seule voie, celle de la raison.

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