Relever le défi des ruptures scientifiques et techniques, comment s’y préparer ?

 

 

 

Comment cela s’appelle t’il quand le jour se lève comme aujourd’hui et que tout est gâché, que tout est saccagé et que l’air pourtant se respire ? Cela a un très beau nom, femme Narces. Cela s’appelle l’aurore !

Giraudoux Electre

 

 

Quels temps étranges ! tout est arrêté, tout est figé, tout ! et pourtant, demain est là, logique, pareil, mais tellement différent !

Une chose ne changera pas, c’est le changement ! et la nécessaire adaptation en continu de l’espèce humaine et de la nature !

Cette capacité de changer, de s’adapter, a déjà sauvé l’Homme et lui a permis de vivre et de survivre et il continuera à le faire. Parfois, et le plus souvent, les marches à passer sont petites, parfois comme avec le COVID, la marche est énorme et multifactorielle. Jamais le monde ne s’est à ce point figé si vite et si massivement. Le monde, haletant, scanne les évolutions de la Maladie et les prémisses flagellants de ce redémarrage que tous appellent de leurs vœux et qui va s’imposer naturellement car, c’est immuable, après le la nuit vient l’aurore.

Comme d’habitude, même si l’épreuve est terrible, il faut la voir comme une série d’opportunités à saisir et s’en sortiront le mieux, ceux qui, s’appuyant sur l’épreuve, la domineront et en orienteront les effets.

Tout le monde souhaite innover, changer et s’adapter et nombreux sont ceux qui essayent ! Moins nombreux sont ceux qui réussissent ! S’adapter est une posture intrinsèque au succès !

 

1) Prospective, vous avez dit prospective ?

La rupture est inattendue, elle est insoupçonnée, elle est invisible. Rares sont ceux qui sentent les signaux faibles et par-contre, nombreux sont ceux qui savent profiter des opportunités liées aux changements ! et heureusement !

Les changements sont de plus en plus nombreux, de plus en plus rapides et de plus en plus puissants, mais toujours aussi imprévisibles !

Signaux faibles : les mots magiques, une évidence, il faut prévoir ! Pourtant l’immense majorité des signaux faibles se fracassent naturellement sur le mur de la réalité ! Il faut les analyser mais savoir discriminer, et pour cela ; se préparer, être ouvert, attentif, réagir et construire sont les tenants de l’innovation !

Les signaux faibles sont parfois pertinents mais qui, même grâce à eux, peut tout prévoir ?

La prédiction, la prospective, quels exercices complexes. L’académie des sciences interrogée sur l’an 2000 dans les années 1890 prévoyait des immeubles élevés avec des endroits pour accueillir les montgolfières. C’est trop souvent cela la prospective. Mais qui sommes-nous pour dire que la simple extrapolation des systèmes existants n’est pas de la prospective ? Souvent ça marche !

Mais, qui prévoyait le COVID ? Qui pouvait démentir les professionnels du nucléaire en 1985 qui extrapolaient en 2000, 4 à 5 réacteurs Superphénix installés en France ? qui pouvait sérieusement briser ces pertinentes prospectives toutes écrites par des ingénieurs certains de leurs visions réalistes truffées d’évidences mais explosées par l’effet Tchernobyl une année plus tard !

 

2) Accompagner, rester modestes et vigilants face aux faits

Voir les ruptures est difficile ! il convient de tout prendre au sérieux et d’analyser les faits avec rigueur mais, et là est le plus difficile ; avec ouverture d’esprit, impertinence, acceptation de remise en cause et curiosité. Et souvent rigueur, impertinence et curiosité ne vont pas ensemble !

Il convient de créer les conditions de l’évolution, de la rupture et de sa captation :

– sortir des évidences et accepter que beaucoup de chemins seront des échecs malgré le sérieux de leur élaboration,

– croire, tenter, et ne pas stigmatiser l’échec qui fait grandir,

– rassembler des compétences diverses et inattendues, mélanger et croiser les compétences et les envies sans limites et sans à priori.

La sérendipité ! là est le mot clé des créations de rupture et de nouveautés : « voir dans le noir et entendre dans le bruit* ». On ne devinera pas toujours les ruptures qui arrivent mais toujours il y en aura et il faut les accompagner vers le succès comme si nous en étions les créateurs, car ces ruptures, il faut les incarner et les porter ! !

Mixer des cultures est une évidence mais Dieu sait si les cultures sont fortes, structurantes responsables des silos et des frontières et tellement stérilisantes !

Pourtant, il ne faut rien s’interdire : inclure le Design et le commerce dès le début des projets de recherche, écouter des artistes et les mélanger aux technologues, mettre des médecins chez des ingénieurs comme à Clinatec à Grenoble, autant de voies de succès qui n’allaient pas d’elles-mêmes et qui pourtant font leurs preuves chaque jour ! Serendipité ! là est la voie pour demain !

Nous savons tous que les gens vivent « presque » ensemble. Ils parlent le même français, ils ne donnent pas le même sens aux mots, et c’est l’échec !

Savoir mélanger les cultures et les esprits, ouvrir son esprit à l’autre et le comprendre, ne pas rester dans sa caste, construire autour des accords des autres mais aussi grâce aux oppositions, là est la voie de la préparation aux ruptures de demain. Accepter cela, fera que nos sociétés croîtront et grandiront au lieu de s’étriquer et de se recroqueviller sur elles-mêmes en laissant partir les leaderships vers d’autres endroits du monde et ce par confort, car accepter et rester droit dans ses bottes, est plus simple que de plier et se remette en cause !

« C’est un vrai paradoxe : alors que nous vivons un présent dominé par la précision analytique du numérique, c’est aux traqueurs de l’impondérable et de l’informel que s’offrira le futur ».
‘* Didier Rousseau

 

Par Thierry BOSC,
Directeur du Fonds de Dotation
CLINATEC
CENTRE DE RECHERCHE EDMOND J. SAFRA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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