Pour une re-mondialisation efficace

 

 

 

Dé-mondialiser ou re-mondialiser, au sens de repenser la mondialisation ? La question n’est plus pourquoi mais comment. L’imposture idéologique serait de considérer qu’il suffit de rembobiner le temps pour revenir en arrière. On ferme les frontières et on s’isole du reste du monde. Les mercantilistes avaient éprouvé cette folie dès le XVIIe siècle. On élevait des barrières douanières pour interdire l’entrée des productions étrangères. Nos concurrents faisaient exactement la même chose et tout le monde s’appauvrissait. L’inconséquence économique consiste à laisser croire que les vieilles recettes offriront des solutions aux difficultés que nous rencontrons aujourd’hui.
En premier lieu, le libre-échange a beaucoup apporté à l’humanité. Il a conduit au recul de la misère et suscité l’innovation et le progrès. Le poison est dans la dose, pas dans le principe. Le virus nous fournit cependant l’occasion d’un examen de conscience collectif. Que voulons-nous, en effet ? Toujours plus de pouvoir d’achat, des emplois plus abondants et bien payés, moins de prélèvements obligatoires ? On ne peut avoir les trois en même temps, comme l’a démontré le « carré magique » de Nicholas Kaldor !
Au tournant des années 1980, la France fait le choix du seul pouvoir d’achat. Les Français votent pour la baisse des prix. Les délocalisations se multiplient. On va massivement fabriquer en Asie où les coûts de production sont faibles. Nos usines ferment, la facture du chômage s’envole. Le consommateur a gagné la bataille qui l’oppose au salarié et au contribuable. Tandis qu’il achète moins cher, les prélèvements augmentent, impôts et cotisations sociales. Le salarié-assuré social et le contribuable pestent.
Comment pouvait-il en être autrement ? Les exigences du pouvoir d’achat avaient eu raison de l’emploi et affaibli notre modèle de financement des risques sociaux adossé depuis sa fondation au facteur travail. Le match était joué : victoire du consommateur, disgrâce du salarié, désolation du contribuable.
En quoi peut consister une re-mondialisation efficace ? La crise nous dit que notre souveraineté collective est au-dessus de la somme des intérêts particuliers. Nous devons reconquérir notre indépendance autour de cinq pôles : la défense, l’alimentation, la santé, l’énergie et les transports. Dans tous ces domaines, une re-mondialisation réduisant les risques de dépendance est souhaitable.
Souverainisme choisi
Il en résultera une augmentation des coûts de production, mais nous avons à y gagner sur deux tableaux : le retour partiel des productions en France élargira l’assiette des revenus, les coûts sociaux baisseront si nous sommes plus nombreux à travailler, enfin, et surtout, nous ne serons plus à la merci de chaînes de production trop lointaines.
Un autre monde est possible, fondé sur une division du travail plus proche et plus raisonnable. Il implique des arbitrages courageux. Comment dès lors faire pivoter le système pour le rééquilibrer ? Un nouveau pacte productif rénové associant les intérêts communs des consommateurs, des salariés et des citoyens-contribuables est à bâtir dans une nouvelle géographie de la mondialisation. Dans ce contexte, il faut garder des échanges internationaux ce qu’ils ont de bon et se méfier des caricatures. Deux formes de souverainisme circulent dans l’air du temps. Un souverainisme choisi et un souverainisme subi consistant à baisser le rideau en laissant croire que nous sommes seuls au monde. Dans ce cas, le remède serait pire que le mal.

Par Nicolas FURGE,
Président de KISIO

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