Notre système éducatif ne rend pas créatif

Face aux nombreuses crises qui vont agiter le XXIe siècle, l’école a un rôle central à jouer. C’est là que doivent se développer les manières d’être et de faire qui nous permettront de bâtir une société accueillante, respectueuse de la nature et de l’autre, qui permette à chacun de trouver sa place et de développer sa singularité.

Hélas, la vie scolaire d’un petit Français ressemble encore trop souvent au travail dans une bureaucratie. Soumis à des programmes décidés par une direction lointaine, astreint à un curriculum identique pour tous les enfants de sa classe d’âge, assis des heures durant dans une classe sous l’autorité d’un professeur, l’élève comprend vite ce qu’on attend de lui : l’obéissance et l’ingurgitation passive de connaissances. Le but ultime étant l’obtention de bonnes notes et d’un diplôme davantage que la découverte du monde et de soi ou le développement de compétences et de savoir-être.

Un tel système scolaire favorise le conformisme, l’obéissance résignée et l’apprentissage par cœur bien davantage que l’imagination, la coopération entre élèves, la réappropriation des savoirs et leur mise en pratique. L’école, en ce sens, forme très bien à la vie au sein des grandes bureaucraties publiques et privées, dont le fonctionnement repose en grande partie sur la discipline, la surveillance et le contrôle. Jusqu’à la fin de ses jours, un enfant ayant fréquenté ce genre d’écoles saura généralement repérer les dépositaires de l’autorité et il s’emploiera à respecter leurs décisions, quel que soit leur degré d’absurdité, car l’école lui a appris que ses gratifications dépendent de sa docilité.

Si elle devait susciter des vocations d’artiste ou de chercheur, l’école fonctionnerait certainement différemment. À la manière des écoles démocratiques par exemple. Ce type d’école repose en effet sur un principe simple et de bon sens: l’enfant étant curieux par nature et sachant naturellement apprendre, cessons de le soumettre à une discipline de caserne et laissons-le libre d’apprendre par lui- même. Chaque enfant apprend en effet à marcher et à parler sans avoir à suivre de cours de marche ou de parole, et sans qu’il soit besoin de le contraindre ou de lui promettre une récompense.

Dans une école démocratique, aussi surprenant que ça paraisse, on ne trouve donc ni professeurs, ni programmes, ni emplois du temps, ni notes, ni diplômes. Les enfants sont laissés libres de faire ce qui leur chante tant que cela ne nuit pas aux autres, et aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Les adultes présents ne sont pas là pour organiser des cours mais pour aider les enfants à auto-gérer l’école, et si nécessaire pour les aider à se procurer le matériel dont ils ont besoin (outils, matières premières, logiciels, instruments de musiques, etc.).

Les membres d’une école démocratique apprennent donc ce qu’ils ont décidé d’apprendre, et le fait de choisir volontairement leurs apprentissages favorise généralement leur motivation et leur assiduité. N’étant pas en compétition les uns avec les autres, ils se montrent souvent très coopératifs. Âgés de 4 à 18 ans, les enfants s’assemblent par affinités et pas nécessairement par classe d’âge, ce qui produit des groupes très divers, très riches et très changeants. Les jeux auto-organisés sont beaucoup plus créatifs car les enfants adaptent les règles aux participants (en donnant un avantage aux plus jeunes ou un handicap aux plus forts) – même si, dans un tel cadre non-compétitif, l’essentiel n’est pas de gagner mais de s’amuser. De telles écoles produisent ainsi des enfants confiants en eux- mêmes, capable de s’auto-former et de former les autres, à la fois maîtres d’eux-mêmes et empathiques, qui travaillent pour le plaisir de réaliser quelque chose et non pour faire plaisir aux dépositaires de l’autorité ou par crainte d’une punition.

Depuis plusieurs années, j’ai la chance de parrainer une école démocratique à Paris, et je regrette que ce type d’école reste encore rare. Car ces écoles, à n’en pas douter, vont dans le sens de l’histoire.

 

Par Michel HERVE,Président du Groupe HERVE

 

 

 

 

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