Nos systèmes d’éducation et de formation sont-ils adaptés à la révolution numérique ?

 

 

La révolution numérique en cours entraine une transformation des métiers, de plus en plus rapide, qui conduit inévitablement à miser sur des nouvelles méthodes d’éducation et des innovations pédagogiques.
Cela requiert une éducation adaptée qui renonce aux paradigmes du XXème siècle. Pour dépasser nos croyances limitantes, sortir du modèle pégadogique impersonnel, normatif et bureaucratique, l’éducation doit devenir interdisciplinaire et expérientielle mais surtout centrée sur le désir d’Apprendre et d’Entreprendre.
Au-delà du savoir, l’éducation du XXIème siècle devra accompagner des capacités de savoir-être, de savoir-devenir, de savoir-faire, de savoir-transmettre.
Pour transmettre cet apprentissage, les enseignants doivent se mettre en position de chercheurs, d’explorateurs, d’individus capables de se réinventer à chaque fois qu’il y a des opportunités ou des défis —comme ceux que constituent la révolution numérique¬¬—, c’est-à-dire devenir des agitateurs d’idées à la conquête du nouveau monde.

La formation des enseignants doit inclure cette capacité à apprendre à apprendre, à être curieux, à coder, à coopérer, à maîtriser la pédagogie de projets et les nouvelles technologies du numérique. Sur ce dernier point, le ministère de l’Education Nationale a mis en œuvre une stratégie pour faire entrer l’École dans l’ère du numérique, incarné entre autres par le « 110 bis », le laboratoire d’innovation de l’Education Nationale, ou plus récemment le site Apps.education.fr pour l’enseignement à distance. Force est de constater que même si la France mobilise un des budgets d’enseignement les plus élevés des pays de l’OCDE, elle stagne à la 23èmeplace de la dernière enquête PISA (sur 79 pays) [1] et se distingue par ses inégalités scolaires qui s’aggravent. Les réformes scolaires actuelles (concernant la taille des classes, l’orientation post-bac et les filières de lycées notamment) ne touchent pas —ou trop peu— les procédés qui peuvent faire évoluer l’école comme les innovations technologiques touchant l’éducation (EdTech). Si l’on arrive à relever les défis qu’il pose, le numérique peut servir à l’innovation pédagogique, développer et nourrir des communautés apprenantes afin de s’entraider, d’apprendre à apprendre, de coopérer et de relever les défis locaux comme globaux du XXIème siècle.
En France, le discours public sur le numérique est un discours de prudence, parfois de peur. Il est beaucoup question des risques d’addiction aux écrans et de leur corollaire en termes de dette de sommeil, d’affaiblissement de l’attention et d’exposition à la violence. Ainsi, on parle beaucoup des risques mais moins des apports du numérique à l’éducation des jeunes ni de l’ouverture qu’il leur donne, sur les autres et le Monde. Pourtant, c’est justement parce que nous observons au quotidien la façon dont les technologies du numériques sont souvent mises au service de projets plus aliénants qu’émancipateurs que nos institutions éducatives doivent jouer leur véritable rôle : former des citoyens responsables qui sauront, mieux que leurs aînés, mettre l’Homme au centre des préoccupations et la technique à notre Service.
Concrètement, le système éducatif fourmille d’initiatives intéressantes — les applications qui forment les enfants et parents aux softskills comme l’application SoftKids, les nouvelles possibilités d’interactions didactiques avec l’intelligence artificielles, les nouvelles possibilités d’enseigner et d’apprendre à distance ou les nouvelles possibilités d’accompagner les parcours d’apprentissage des élèves avec les techniques de learning analytics pour ne citer qu’elles — sans que cette logique d’innovation ascendante ne se traduise par des usages à grande échelle avec de bonnes garanties d’efficacité éducative.
L’un des principaux enjeux de l’école est de rendre possible l’intégration sociale de l’enfant puis de l’adulte. Il est donc logique qu’elle s’empare de tous les objets qui la peuplent et qu’elle évalue l’importance qu’il y aurait à l’introduire dans son quotidien.

L’illettrisme numérique ou illectronisme touche d’après l’Insee, aujourd’hui 17% des français et est facteur d’exclusion et de disparités territoriales. Pour répondre à ce besoin urgent, la politique du numérique éducatif doit s’appuyer sur une filière française, robuste de qualité, de l’éthique et des valeurs. Le socle commun de formation porté par onepoint abonde dans ce sens et s’inscrit dans un projet de formation et d’acculturation à des sujets cruciaux depuis la petite enfance jusqu’au monde du travail, tels que la Data, la Cyber sécurité, le Design et les Humanités, qui s’accompagnent de procédés d’apprentissages innovants : Le Learning by doing (apprentissage par la pratique), l’Adaptative learning (apprentissage adaptatif), l’Immersive learning (apprentissage immersif) ou encore le Micro learning (micro séquence de formations).
Il est primordial de développer ces nouveaux usages pour le monde de l’éducation en rapprochant les milieux de la recherche, de l’enseignement et des entreprises porteuses de solutions et de projets pédagogiques innovants.
L’objectif est de structurer l’écosystème, de créer des ponts, lever des fonds, construire des projets ensemble. Le potentiel est énorme. L’éducation, et particulièrement l’Education Nationale, est un des secteurs les moins digitalisés qui soit. Il faut démythifier la technologie, qui peut vraiment apporter à l’enseignement : Par exemple, la réalité virtuelle permet de faire expérimenter l’enfant directement en conditions réelles, le jeu de construction libre Minecraft facilite l’apprentissage de notions d’urbanisme et traite des questions environnementales, les LAB 3D sont débarrassés des contraintes de temps et de coûts des laboratoires ordinaires. Quant aux applications d’analyse de l’écriture manuscrite, elles analysent automatiquement la forme des mots, la direction, l’ordre et la pression du stylo pour déterminer la progression de l’élève. On le sait, maintenir la population dans l’ignorance, c’est garantir à ceux qui savent une place sociale dominante : PISA nous le rappelle régulièrement, alors il est essentiel d’engager de nouvelles actions dans le monde académique si nous ne voulons pas que l’ensemble de la population ne souffre non pas “d’illectronisme dur” mais “d’insouciance numérique grave”.

Par Muriel Touaty, Partner Education & Innovation – onepoint

Fermer le menu