Quand les Afrique(s) affrontent une situation historique

 

 

Deux études publiées cette semaine retiennent mon attention et chacune d’entre elles renvoient à l’immense tournant que prend en ces jours le continent africain, une sorte de tremblement incontrôlé dont les conséquences vont être d’une gravité extrême.

La première étude des Nations Unies met en avant l’impact de cette crise sur les ODD, aucun d’entre eux ne pourront finalement être atteints en 2030 tels qu’envisagés et tels que nombre d’Etats l’avait même attendu avec la mise en œuvre de programmes ambitieux et des choix politiques assumés. Un seul exemple parmi ceux abondamment cités : aujourd’hui les écoles et universités sont fermées dans 166 pays, soit 87% de la population étudiante au monde. Les solutions provisoires s’appuient sur le digital, mais surtout sur la solidité des réseaux -quand ils existent. Encore une fois, les plus démunis seront les plus touchés. Après une revue du désastre anticipé, ce rapport préconise quelques solutions dont j’ai retenu 2 originalités : la première des recommandations est de « résister au protectionnisme », ce qui ne semble pas du tout le chemin entrepris par plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs. La seconde recommandation est de « lever ou suspendre l’application des sanctions » dont font l’objet plusieurs pays durement impactés. Ceci suppose des choix politiques de courage et de responsabilité partagée. Allons-nous en être capables ? Et enfin j’ai relevé en guise de conclusion l’affirmation qu’il s’agit « d’un test unique pour les Nations Unies ». J’oserais dire avant eux, un test unique sur la gouvernance des Etats et la qualité de leurs dirigeants qui assument les pouvoirs régaliens. Mais attendons donc de connaître quelle écoute aura ce Rapport.

La seconde étude Mc Kinsey, basée sur les chiffres de la Banque Africaine de développement, enchaîne les raisons de ne pas être optimistes : rupture des chaines logistiques, diminution drastique des investissements, chute du prix du baril -qui pour certaines économies représentent plus de 70% du PIB- base fiscale limitée et en régression, taux d’informel, concentrations urbaines non maitrisées, services de santé inadaptés… Avec pour conséquence première un morcellement des Afrique(s). La baisse en GDP pourrait atteindre dès cette année près de 8% à l’échelle du continent.

Oui, les Afrique(s) affrontent une situation de crise catastrophe et nul doute qu’il faudra des années, avec les meilleures volontés coordonnées, pour se relever de l’épreuve. Aux jours de grands dangers il faut pourtant croire à la capacité humaine de retournement, les Afrique(s) sont une ressource de jeunesse et d’innovation sans pareils, croire aux progrès technologiques pour accélérer cette sortie de crise et à nouveau savoir faire confiance au collectif.

 

Par Patrice FONLLADOSA,
Président (Re)Sources
Membre du Comité Stratégique Avisa Partners
Président Afrique CEPS

 

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