UE/Afrique : l’Allemagne veut en finir avec la relation « donateurs et bénéficiaires »

Au regard du potentiel dont regorge l’Afrique, l’Allemagne l’estime suffisamment capable de se prendre en charge et de défendre ses propres intérêts. Pour cette raison, le gouvernement fédéral dirigé par Angela Merkel plaide pour une coopération sur un pied d’égalité qui mettrait fin à la relation « donateurs et bénéficiaires » qui a prévalu jusqu’ici entre l’UE et l’Afrique. C’est tout l’objet d’un rapport du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement fraîchement publié. Détails. « Il est impératif de renforcer l’appropriation des Etats africains. L’époque de l’ ”aide au développement” et des ”donateurs et bénéficiaires” doit être révolue. L’Union européenne et ses Etats membres sont prêts à être des partenaires sur un pied d’égalité ».

C’est ce que pense le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement qui vient de publier le rapport « L’Afrique et l’Europe : nouveau partenariat pour le développement, la paix et l’avenir ». Dans ce document de 34 pages, le département de Gerd Müller expose la vision de Berlin de ce que devrait être les relations entre l’Afrique et l’UE à partir de 2017.

10 ans pour en finir avec la pauvreté

Rédigé avec un franc parlé certain, le rapport justifie la volonté allemande. Il évoque d’abord le potentiel de l’Afrique en termes de ressources foncières, agricoles considérables, mais aussi de ressources naturelles avec notamment plus de 15% des gisements pétroliers mondiaux, 40% des réserves d’or ou encore 80% des métaux du groupe du platine et des plus importantes surfaces cultivables au monde. Avec en plus sa population jeune, sa diversité culturelle, son esprit d’entreprise, sa force d’innovation et tout son potentiel non exploité en matière d’énergies renouvelables et d’agriculture, le département de Gerd Müller l’assure : « La pauvreté, la faim, la malnutrition et la misère pourraient être éradiquées en une décennie. »

Malgré les évolutions observées à travers le continent ces dernières années, le rapport -à l’image de nombreuses études récemment publiées sur le développement en Afrique – pointe les effets néfastes de la corruption ou encore la fuite des capitaux parfois le fait même des élites. Les flux illégaux s’élèvent à 50 milliards de dollars par an, dont 60% dus à une évasion fiscale agressive de grands groupes internationaux, selon le rapport 2015 du groupe de haut niveau sur les flux financiers illicite provenant d’Afrique. «Nombreux sont les potentiels non encore exploités. Nous devons en nommer les raisons. Dans un nombre trop élevé de pays africains, des élites corrompues exercent encore trop d’influence. Des élites qui préfèrent mettre leur argent à l’étranger plutôt que de l’investir sur place ; qui préfèrent vendre des surfaces agricoles et fonds de pêche à d’autres plutôt que de permettre de nourrir leur population ; qui autorisent de grands groupes à exploiter leurs ressources minières sans création de valeur ajoutée pour leur pays », expliquent les auteurs du rapport qui dénoncent « une culture politique qui n’entend pas par ”gouverner” le devoir de servir l’intérêt général, mais le droit de se servir soi-même. »

Un Plan Marshall pour des intérêts communs

Pour répondre à cette problématique dans le cadre d’une coopération sur un pied d’égalité qui servent à la fois les intérêts européens et africains, le ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement propose un Plan Marshall fondé sur trois piliers : économie, commerce et emploi ; paix et sécurité ; démocratie et Etat de droit.

Estimant que l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA) – adopté le 31 janvier 2015 à Addis Abeba par les Etats membres – donne lui-même un nouveau ton à la vision de développement de l’Afrique, Berlin estime «nécessaire» la conclusion d’un nouvel accord de coopération économique, sociale et culturelle entre l’UE et l’Afrique. Lequel serait basé sur de nouvelles règles, notamment la fin des « exportations nuisibles vers l’Afrique », le passage du libre-échange au commerce équitable, l’instauration de l’obligation de création de valeur dans les pays africains où investissement l’UE, l’assèchement des paradis fiscaux, ou encore l’éradication des flux financiers illégaux en provenance d’Afrique. A noter que ces derniers s’élèvent à 50 milliards de dollars par an, dont 60% dus à une évasion fiscale agressive de grands groupes internationaux, selon le rapport 2015 du groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites provenant d’Afrique.

L’Allemagne plaide également pour une révision de la politique européenne de financement des projets en Afrique qui s’articulerait autour de la mobilisation des fonds propres dans les Etats africains et le renforcement de leur performance propre, le renforcement des investissements privés et la mobilisation des capitaux privés avec de nouveaux instruments de soutien et des produits de placements, ainsi que le recours à l’aide publique au développement (APD) en vue de lever des investissements privés. « L’Afrique doit parler pour elle-même au Conseil de Sécurité de l’ONU »

L’institution gouvernementale allemande plaide en outre pour la désignation d’un commissaire européen pour l’Afrique accompagné d’une commission dont la mission sera de garantir la cohérence de la politique européenne pour l’Afrique. Dans le même sens, le département de Gerd Müller, estime l’Afrique suffisamment capable de se représenter de manière permanente au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. «Nous devons arrêter de parler pour l’Afrique. L’Afrique est en mesure de parler pour elle-même. C’est la raison pour laquelle l’Afrique doit obtenir un siège permanent au sein du Conseil de sécurité [CS, ndlr] de l’ONU. »

Le raisonnement des Allemands ici s’aligne de toute évidence à celui des quelques voix qui se sont élevées ces dernières semaines au sein même de l’UA. Evoquant l’impérativité d’une taxe sur les importations pour financer les activités de l’organisation panafricaine, le nouveau président en exercice déclare : « nous ne pouvons plus compter sur les financements extérieurs pour faire fonctionner notre institution. Nous devons désormais affirmer notre souveraineté financière ».

Lors de son discours de retour au sein de l’institution régionale, le roi du Maroc, Mohammed VI ne portera pas de gants non plus. « Il est temps que les richesses de l’Afrique profitent à l’Afrique. Nous devons œuvrer afin que notre terre, après avoir subi des décennies de pillages, entre dans une ère de prospérité…. La notion de tiers-mondisme me paraît dépassée ! », déclarait le monarque, évoquant notamment la dynamique de croissance économique devenue plus forte en Afrique que dans certains pays d’Europe. Tout au long de l’année 2017, l’Allemagne et l’UE entendent organiser des débats « constructifs » avec tous les acteurs de la société tant européenne qu’africaine, pour discuter de tous ces points. Outre cela, un dialogue en ligne a été lancé.

 

Source : la Tribune Afrique

 

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