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POURQUOI L’EUROPE S’EST-ELLE COUPEE DES PEUPLES ?

24Janvier 2012

Auteurs : CEPS

 

De la création du Parlement européen à la « mise sous tutelle » des budgets nationaux, l’Europe s’est construite sans les peuples. Peut-on dépasser ce « péché originel » pour en faire une Europe des peuples ? S’agit-il d’un « simple » problème de communication ou d’une dérive politique fondamentale ? Par quelles stratégies y remédier ?



LES RAISONS DE FOND EXPLIQUANT LE FOSSE ENTRE L’EUROPE ET LES PEUPLES

Un désaveu général du politique

Bien que la crise économique et celle de l’Euro fassent la une de tous les journaux, nous assistons à l’heure actuelle à une crise plus profonde. Il s’agit notamment d’une crise à l’égard des décideurs politiques. Les réponses apportées par les politiques apparaissent insuffisantes aux citoyens, conscients de plus en plus de leur rôle de propriétaire de la chose publique. Les individus se désintéressent de la politique et l’Europe en subi également les conséquences, même si paradoxalement par l'effet de la mondialisation, les citoyens se tournent vers l'Europe comme vecteur de solutions.

Par ailleurs, les individus sont de plus en plus conscients et s’inquiètent du rôle prépondérant des marchés face auquel la politique montre constamment sa faiblesse. Il convient par exemple de rappeler que ce sont les marchés qui, au final, ont fait démissionner Silvio Berlusconi et non le peuple italien qui est descendu dans la rue.

Une Europe faible face aux Etats nationaux

L’Europe n'est pas suffisamment présente dans le quotidien des Européens. Elle ne figure que rarement dans la presse locale ou nationale (en tout cas pas d’une manière positive). Ainsi, l’Europe est perçue à travers un filtre national (les médias nationaux) sur lequel l’UE n’a quasiment aucune influence. Par conséquent il est difficile de transmettre un message unique à tous les citoyens. Il existe également un manque de communication sur le pourquoi, la raison d'être des interventions législatives. L’UE s’autolimite dans sa politique de communication par peur d’être accusée de la propagande.

Les Etats nationaux ont une présence quotidienne importante dans la vie des citoyens. Les Etats ont une stratégie de communication offensive qui met l’accent sur leurs réalisations et qui occupe l’espace médiatique en garantissant ainsi une portée réelle à leurs messages.  

Une dimension citoyenne


L’UE a fait des efforts pour remédier au désintérêt des populations. En 2007, la Commission a lancé le programme « L’Europe des citoyens » afin de promouvoir la citoyenneté active. Le Traité de Lisbonne a renforcé le Parlement européen en lui donnant le pouvoir de codécision. Aujourd’hui, les actes législatifs sont accompagnés d’un sommaire pour les citoyens. L’année 2013 a été déclarée « L’année européenne des citoyens » afin d’informer les citoyens de leurs droits et pour encourager la participation aux élections du Parlement européen en 2014. Les institutions européennes s’ouvrent davantage aux citoyens : chaque année une journée "portes ouvertes" est organisée le 9 mai, la Commission dispose d'un  centre de visites et le Parlement européen a inauguré le nouveau « Parliamentarium ». On peut dire qu’il n’existe aucun autre système politique où on inclurait autant les citoyens qu’en Europe. Le rapport d’Alain Lamassoure, une véritable feuille de route, a prouvé que les instruments existent pour créer un lien effectif entre l’UE et les peuples, mais les problèmes se posent au niveau de l’application de ces instruments au sein des Etats nations et au niveau de la coopération défaillante entre les administrations nationales.

En réalité un fossé persiste entre l’Europe et les citoyens. Les élections du Parlement européen et plus particulièrement l’abstention élevée démontrent toujours un certain désintérêt et l’éloignement des peuples.

Une Europe sans visage et sans message


Comment s’associer à un projet qui n’est ni politique ni incarné humainement ?

La Commission souffre de son image désincarnée, déshumanisée. Les Commissaires n’apparaissent que rarement devant les médias tandis que les hommes politiques nationaux sont omniprésents. Mais la crise que traverse l’eurozone nous a très clairement démontré qu’on ne peut pas remplacer l’homme politique. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont les acteurs principaux (et les plus médiatisés).

Cette Europe sans visage ne communique pas un message clair. L’UE souffre de son excès de juridisme et de son jargon technocratique. Cependant, elle pourrait être simple et accessible car les sujets traités touchent directement tous les citoyens. Le grand nombre et la diversité des sujets traités créent un brouillard qui rend le tout peu compréhensible. Quels sont les messages clés que chacun devrait saisir ?


L’EUROPE DOIT DEVENIR STRATEGE

La crise : l’occasion rêvée de l’Europe

Les crises nous obligent à avancer. Les « non » français et néerlandais de 2005 furent un véritable séisme pour la Commission qui l’ont obligé à chercher un plan B. La proposition avancée suite à ces échecs mettait l’accent sur le dialogue et le débat : « mieux écouter, mieux expliquer et agir au niveau local ». En revanche que retient-on de la crise actuelle ? Est-ce que l’Europe saura se mobilisera et utiliser cette crise comme une occasion pour aller plus loin ?

La crise actuelle est un appel à plus d’Europe. Les solutions proposées doivent nécessairement être mises en œuvre au niveau supranational. C’est le moment pour l’Europe de s’imposer en tant que stratège politique.

Faire de l’UE un produit de grande consommation


L’EU est un atout pour notre quotidien : le coût de la non-Europe serait considérable aussi bien pour les citoyens que pour les Etats.

L’Europe apporte des bénéfices concrets pour ses citoyens. Souvent, ces avantages pratiques ne sont pas connus ou alors ils sont considérés comme acquis. L’Union européenne doit s’inscrire davantage dans une démarche d’argumentation autour de ces bénéfices concrets au quotidien.

Quelques exemples de l’influence positive de l’UE :

Rendre les citoyens plus sûrs :
• La création d'un numéro d'urgence unique et facile à retenir pour toute l'Europe – « 112 » – a sauvé de nombreuses vies à l'étranger.
• Le Système Européen d'Alerte pour les Inondations (EFAS) analyse les conditions de climat partout dans l'Union pour donner des alertes jusqu'à 10 jours d'avance. À la suite de l'alerte on peut mettre en œuvre les solutions – prévenir les services d'urgence, drainer les réservoirs et évacuer les citoyens.
• En accord avec le Traité de Lisbonne les citoyens européens se rendant dans les pays tiers ont le droit de recevoir l'assistance consulaire et diplomatique de n'importe quel Etat membre de l'Union. Cette mesure est avantageuse pour les citoyens provenant des plus petits Etats membres qui ont moins d'ambassades à l'étranger.

Les avantages pour les consommateurs :
• Des tarifs d'itinérance ont été fortement réduits pour les citoyens qui se déplacent en Europe (en imposant un prix maximum pour les appels/SMS à l'intérieur de l'UE).
• Le voyage en avion: L'accord « Ciel ouvert » a rendu les vols transatlantiques moins chers pour les consommateurs européens. L'UE a mis en place les règles communes pour le remboursement et l'assistance aux passagers en cas du refus l'accès à bord, d'une annulation du vol ou d'un retard trop important.
• L'adoption d'un chargeur universel pour les téléphones portables économisera des milliers de tonnes de déchets électroniques et rendra la vie plus facile aux consommateurs.
• En 2014, le projet Galileo (dont les satellites ont été lancés en octobre 2011) fournira à l'Europe son propre système de navigation par satellites.

Pour que les bénéfices de l’UE soient connus, il est nécessaire de promouvoir les résultats concrets apportés par l’Europe et la valeur ajoutée globale. L’Europe doit sortir de sa position défensive et faire du marketing pour elle-même. Il convient d’adopter une stratégie offensive.

Une communication identifiable et accessible

Donnons à l’Europe un visage. L’Europe doit devenir une aventure politique et humaine afin que les citoyens puissent véritablement adhérer à ce projet.

Certains évènements récents ont démontré que les Commissaires peuvent être des figures publiques. Il y a sans doute des dossiers au sein de la Commission qui sont plus « attractifs » que d’autres permettant plus de visibilité. La problématique des Roms a fait monter au créneau Viviane Reding, aujourd’hui c’est Michel Barnier qui est médiatisé sur les questions du marché unique.  L’Europe ne manque pas de personnes qui pourraient ou souhaiteraient l’incarner et communiquer sur elle. Pourquoi de ne pas utiliser davantage les fonctionnaires européens pour communiquer sur l’Europe  comme dans le contexte des opérations "back to school" ? Les institutions ont un grand réseau de gens compétents qui ont envie de se positionner en tant que stratèges et visages de l’Union.

Pour communiquer efficacement avec les citoyens, Europe needs to go local. Tout ne peut pas se faire à partir de Bruxelles. L’Europe doit s’appuyer sur les Représentations de la Commission dans les pays membres et utiliser davantage les médias locaux en tant que relais d’opinion. La presse locale permet à l’UE de se faire comprendre à un public plus large et divers, d’être plus proche des gens et également de créer une opinion publique européenne. Pour ce faire, le choix des sujets sur lesquels l’UE communique est essentiel. Inutile de communiquer sur tout : il faut peu communiquer mais mieux.

Des politiques symboliques fortes

L’Europe a besoin des politiques symboliques fortes qui marqueraient les individus.

Mettons en place des circonscriptions électorales européennes afin de créer un lien plus fort entre les citoyens et l’Europe. Cette proposition de certains députés européens de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ALDE) permettrait aux candidats de mener leur campagne électorale à l'échelle européenne et fournirait « l'élément manquant » entre les décideurs à Bruxelles et les peuples de l'Union.   

Afin de proposer des solutions réelles et pour être viable, l’Europe doit concurrencer les Etats. Etre stratège, avoir une communication proactive et locale, être proche des gens. Les citoyens veulent une Europe forte et capable à défendre leurs intérêts. Il s’agit de montrer pourquoi nous sommes plus forts à 27, et demain à 28, qu’individuellement.

* * *

Aujourd’hui l’Europe est en train de vivre un test : un test pour notre volonté de vivre ensemble, ainsi que pour notre survie. Il s’agit d’un problème politique qui exige une réponse politique de la part de l’Europe.

Le Président Barroso a dessiné dans son discours sur l’état de l’Union les grandes lignes d’avenir : la confiance, la stabilité, la croissance, la volonté politique, le leadership, la discipline et la solidarité. La gravité de la situation actuelle appelle maintenant à des actions concrètes.


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