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La journée défense et citoyenneté

06Mai 2011

Auteurs : CEPS

 

Quels évaluations et résultats?

 

PROBLÉMATIQUE

Après plus de dix ans d’expérience, la Journée d’appel et de préparation à la défense a cédé la place à la Journée défense et citoyenneté, mise en œuvre par la direction du service national (DSN) dans le cadre du parcours de citoyenneté instauré par la loi du 28 octobre 1997. Elle fait suite à l’enseignement de défense dispensé en classe de troisième et de première, et au recensement obligatoire pour les garçons et les filles à l’âge de 16 ans.

En l’espace de onze ans, plus de 9 millions de jeunes Français, garçons et filles, ont vécu une journée défense et citoyenneté. En dépit de cette envergure, peu de politiques ont porté le projet. Quel est donc aujourd’hui le sens de cette journée ? Comment encore mieux valoriser cette initiative.


IDÉES-CLÉS

La Journée défense et citoyenneté a pour vocation première de convaincre les jeunes citoyens de la légitimité de notre défense et de les sensibiliser aux possibilités de volontariat et d'engagement qui leur sont offertes. Cette occasion unique d’une rencontre de l’ensemble d’une classe d’âge – 800 000 jeunes par an – en situation de totale mixité sociale permet par ailleurs diverses démarches d’intérêt individuel ou collectif : par exemple le repérage des jeunes en difficulté ou l’initiation au secourisme.

La loi n° 2010-241 du 10 mars 2010 relative au service civique a entériné la nouvelle appellation de la journée, davantage en cohérence avec son contenu : Journée défense et citoyenneté (JDC).

Une journée « rénovée », en accord avec le Libre blanc

Il a été demandé à la Direction du service national de mettre en œuvre une journée rénovée prenant en compte les orientations du Livre blanc, à savoir : « centrer la JAPD sur sa mission fondamentale de sensibilisation des jeunes aux nouveaux enjeux de défense et de sécurité ». Ce faisant, il s’agissait également de ne pas perdre de vue l’intérêt stratégique d’une présentation des possibilités de recrutement des armées.

La rénovation visait à adapter la pédagogie et renforcer le dispositif d’insertion.

1. Pédagogie et interactivité
- Un message adapté aux jeunes ;
- Une pédagogie interactive, incitant les jeunes à devenir eux-mêmes acteurs de la JDC ;
- Un support plus souple, dynamique et moderne  (une clé USB, plutôt qu’un DVD) qui pourra être régulièrement actualisé.

2. Insertion
- Pour répondre au plan Agir pour la jeunesse, lancé par le Président de la République en Avignon en septembre 2009, la JDC renforce ses efforts au profit des jeunes détectés en difficultés. Les jeunes repérés sont reçus en entretien et informés des dispositifs d’insertion mis à leur disposition. Ils font également l’objet d’un signalement aux coordinations locales, les « plateformes de décrochage », mises en place dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire.
- Au cours de la journée est également projeté un film présentant les dispositifs d’insertion ainsi qu’un clip vidéo sur le service civique.

Contenu de la Journée défense et citoyenneté

Véritable rendez-vous citoyen, la JDC est l’occasion de rappeler aux jeunes les notions de droits et devoirs et les principes de la République et du vivre ensemble. L’objectif est de les amener à prendre conscience de la légitimité de la défense et de la nécessité des moyens à lui consacrer.

Pour ce faire, la JDC se compose de trois animations : « Vous êtes citoyens », « Vous devez faire face à un monde instable » et « Vous avez un rôle à jouer ». Le programme inclut également d’un test de compréhension de la langue française et une initiation au secourisme (gestes de premiers secours et mise en œuvre du défibrillateur automatique). nfin, pour permettre aux jeunes de mieux appréhender la défense, selon les sites, sont prévus des visites d’installations militaires, des présentations de matériels ou des témoignages de militaires de retour d’opération.

Une méthodologie interministérielle

Ces travaux, confiés à la DSN, se sont déroulés selon une méthodologie associant la Défense à l’Éducation nationale, l’Intérieur, la Santé et le Haut commissariat à la jeunesse.

Les réflexions gouvernementales et parlementaires en cours sur les questions d’insertion et de cohésion sociale, tout particulièrement l’élaboration de la loi sur le service civique, ont par ailleurs amené le directeur du service national à travailler en liaison directe avec diverses personnalités travaillant sur ces questions, telles que : M. Martin Hirsch, haut commissaire à la jeunesse ; M. Patrick Beaudouin (parcours de citoyenneté), Mme Françoise Hostalier (service civique).

De même, les réflexions menées sur la lutte contre l’illettrisme par M. Luc Ferry et le Conseil d’analyse de la société ont été prises en compte, ainsi que les études respectivement conduites par la Délégation à l’information et à la communication défense (DICoD) et l’Éducation nationale sur la façon de « parler » à la jeunesse. Enfin, la DSN a associée en qualité d’experts à ces travaux un certain nombre de formateurs d’intervenants rôdés à ces techniques et habitués à fréquenter un auditoire de 17-18 ans.

Plus loin, dans le cadre de la modernisation de l’État, la Direction du service national s’est engagée dans la procédure du e-recensement via mon.service-public.fr. Prochainement, chaque jeune pourra recevoir via Internet sa convocation à la JDC et dialoguer en ligne avec l’administration.

La thématique JDC est également présente sur la nouvelle page Facebook « Parlons défense » qui a ouvert début 2011 – www.facebook.com/pages/Parlons-Defense

 



Dans le cadre de la RGPP, les effectifs de la direction du service national vont passer de 2 700 à 1 400 personnes. 

 

 

ÉLÉMENTS D’ANALYSE PROSPECTIVE

Une initiative mal portée par les politiques ? – Si elle n’a pas été complètement portée par les politiques, ceux-ci s’en accommodent en définitive très bien. En réalité la JDC est surtout décriée par deux catégories d’acteurs : les militaires d’active, qui estiment qu’il s’agit d’une dépense inutile ; et, plus généralement, tous ceux qui cherchent à la comparer au service militaire (suspendu depuis quinze ans et souvent enjolivé). 

En réalité le contenu de la JDC est loin d’être 100 % Défense ; si la Défense en assure l’organisation, c’est aussi bel et bien par héritage. Cependant, l’ouverture qu’elle représente pour une armée professionnelle, en termes de promotion et de recrutement, intéresse particulièrement l’étranger ; c’est le cas notamment de l’Allemagne.

Une initiative à sens unique ? – Le temps de la JDC, les jeunes reçoivent une information et même une brève formation (notamment aux premiers secours). Rien ne leur est demandé en échange, sinon une journée. Le délai restreint considérablement les possibilités d’initier d’autres actions, cependant les animateurs insistent sur la dimension de l’échange opéré et sur la diversité des thèmes abordés (l’égalité des chances, le développement durable, la dissuasion nucléaire, etc.).

Ramassée sur une journée mais concernant toute une classe d’âge, la JDC n’a pas vocation à remplacer le service civique, basé sur le volontariat et qui accueille chaque année 75 000 jeunes pour un service effectif de six mois. (Sur ces 75 000 jeunes, seulement 25 % sont non bacheliers.)

La fin d’un parcours ? – En revanche, la JDC doit être clairement perçue comme la fin d’un parcours d’initiation à la citoyenneté dont la grosse partie reste évidemment de la responsabilité de l’Éducation nationale. La JDC est en réalité la troisième (et dernière) étape du parcours qui débute par un enseignement de défense en classes de troisième et première et dont la deuxième étape est le recensement militaire (ou recensement civique), à 16 ans.

La question s’est posée de remettre aux participants à la fin de la journée leur carte d’électeur. Le geste serait très symbolique mais il se heurte à une difficulté principale qui est l’âge des participants : 17 ans, voire 17 ans et demi. (Ces cartes d’électeurs devraient être remises par les maires ou leurs représentants ; il n’est pas gagné que les 22 000 et quelques maires concernés chaque année se prêtent de bonne grâce au jeu.)

Le recrutement : finalité ou sous-produit ?
– Le recrutement ne peut être considéré que comme un « sous-produit » de la JDC. Si l’objectif était de recruter, les moyens seraient autres et la JDC, si elle devait être maintenue, serait organisée différemment.


CONCLUSION

Un enseignement de défense, d’ailleurs complété en classes de première et de terminale par des cours d’ECJS (éducation civique, juridique et sociale) ; un recensement militaire (mais comme précisé entre parenthèses sur service-public.fr aussi recensement civique) ; enfin une journée défense et citoyenneté : certains se demanderont si c’est par pudeur que « défense » doit dorénavant rimer avec « citoyenneté ». Néanmoins si elle veut rester un vivier de recrutement pour les armées, fonction tout de même essentielle, la JDC doit veiller à rester une journée de mise en contact des jeunes avec lesdites armées… Sous peine, en cas contraire, de se diluer dans la citoyenneté.

 
Martine LE BEC
rédactrice en chef adjointe de la revue Prospective Stratégique
rapporteur du Club Horizon

 

Prix TTC, dont 4 € de frais de port : 10.00 €

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