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Le marché mondial du gaz

04Avril 2011

Auteurs : CEPS

Quel avenir et quelles perspectives pour les acteurs non-européens ?

PROBLÉMATIQUE

80 % des approvisionnements de la France et de l’Europe sont assurés par des contrats à long terme et l’actualité a montré à plusieurs reprises que les contraintes peuvent devenir très fortes. Alors aussi anecdotique que pouvait être le marché libre du gaz naturel, son développement s’est en revanche, subitement réalisé au cours des dernières années, incitant la Commission européenne à anticiper des évolutions survenues par le passé sur le marché du pétrole.



Le marché mondial du gaz : quel avenir et quelles perspectives ? Le débat vise à apporter une vision internationale. Comment analyser le fantastique basculement qui s’est opéré aux États-Unis grâce aux gaz non conventionnels ? Si les grands fournisseurs restent aujourd’hui l’Algérie, le Qatar ou la Russie, que penser des nouveaux acteurs tels que le Nigeria ou l’Iran ? Quels autres pays pourraient s’y associer ? Comment se dessine la future géographie du gaz ? Quelles conciliations seront opérées entre les producteurs ? Faut-il prévoir une OPEP du gaz ?



De son côté, l’Europe va-t-elle basculer vers le modèle américain de marché libre ou, au contraire, s’orienter, comme l’Asie, vers des contrats à long terme de plus en plus onéreux mais aptes à sécuriser sa croissance ?


IDÉES CLÉS



LE GAZ, ÉNERGIE DE DEMAIN

Le gaz n’est pas une énergie de transition mais une énergie « installée ».
Deux facteurs expliquent ce constat : d’une part l’abondance et la disponibilité des ressources et, d’autre part, la contribution possible du gaz aux défis posés par le changement climatique. Si la Chine convertissait ses centrales au charbon en centrales au gaz, la problématique du climat serait résolue pour une longue période.

Seule la ville de Shanghai a pour l’instant pris la décision de passer 50 % de son parc de production électrique en gaz. Depuis cette décision, le ciel de la ville la plus peuplée de Chine (18 millions d’habitants) est redevenu bleu.


LE GAZ ABSENT DE LA RÉFLEXION POLITIQUE EUROPÉENNE

Le choix d’une croissance énergétique mesurée – L’Europe a fait le choix d’une croissance mesurée de sa demande énergétique et d’engagements structurants en matière de réduction de ses émissions de CO2. Elle vise une réduction ambitieuse de 80 à 95 % de ses émissions de CO2 à l’horizon 2050 (par rapport à 1990).

Dans ce contexte, le mix-énergétique européen à l’horizon 2050 a été inscrit à l’agenda de la Commission européenne en 2011 avec 3 grandes questions :

1.    Quel sera le niveau de la demande énergétique à cet horizon ?
2.    Quel mix-énergétique permettra de répondre à ce niveau de demande ?
3.    Quels investissements seront nécessaires ?

L’enjeu principal sera celui du coût pour l’économie européenne et pour la compétitivité de l’Europe des choix énergétiques qui seront  faits. À objectif CO2 inchangé, le choix de tel ou tel « energy  mix » peut avoir des conséquences sur l’effort d’investissement à consentir.

Le gaz naturel a un rôle majeur à jouer de ce point de vue. Le gaz naturel est la solution qui nécessite l’investissement le plus faible comparé au nucléaire, au charbon et à l’éolien. Il est, par ailleurs, le complément idéal aux énergies renouvelables, intermittentes par essence.

Le gaz, exclu du mix énergétique européen ? –  Des incertitudes obèrent la visibilité de long terme sur le développement des marchés du gaz en Europe. Ces incertitudes sont de plusieurs ordres.


1.    Des incertitudes sur la demande

Les scénarios de long terme s’accordent pour estimer que la demande de gaz en Europe sera essentiellement portée par la demande de gaz pour la production d’électricité. Cependant, des incertitudes majeures pèsent sur le taux de croissance de cette demande qui varie, suivant les analystes, du simple au double en fonction du niveau d’implémentation des politiques environnementales.


2.    Des incertitudes sur la règlementation

Elles concernent tant la mise en place du 3e paquet sur le marché intérieur que le règlement sur la sécurité d’approvisionnement en gaz ou l’interdiction du commerce à la bride.


3.    Des incertitudes sur les prix

La forte volatilité des prix de marchés du gaz, et du prix des commodités en général, est un frein aux décisions d’investissements.


4.    Des incertitudes sur les relations entre les grands producteurs et les fournisseurs d’énergie

L’ouverture des marchés, souvent effectuée à marche forcée, a distendu, les liens historiques entre les pays producteurs de gaz et les Européens. Par ailleurs, la situation actuelle d’excédent de gaz (dite de « bulle gazière ») vient remettre en cause le modèle historique construit sur la base des contrats de long terme. Cette remise en cause renforce les incertitudes sur le développement des infrastructures et sur l’attractivité de l’Europe pour les grands producteurs mondiaux, ceci dans un contexte où l’accès à la ressource restera un élément majeur de l’approvisionnement de l’Europe, du fait du déclin de la production locale.


LA COMPÉTITION POUR L’ACCÈS AUX RESSOURCES GAZIÈRES ET LE RÔLE MAJEUR DU GNL

Avec la décroissance des ressources gazières européennes, la dépendance de l’Europe vis-à-vis de producteurs externes va s’accroître progressivement et devrait atteindre environ 70 % en 2030. L’accès à la ressource est donc un enjeu essentiel pour l’Europe.

Or c’est également un enjeu fondamental pour toutes les zones à forte croissance, notamment l’Asie, la Chine et Inde en tête, et les pays émergents d’Amérique du Sud.

L’Europe est donc en concurrence :
- pour les ressources gazières de Russie, de la région Caspienne et du Moyen-Orient, exportables par gazoducs vers l’Asie ;
- pour les ressources d’Afrique du Nord, étant donné la croissance de la demande intérieure de ces pays ;
- pour les ressources GNL provenant notamment du Qatar, pouvant atteindre potentiellement tous les marchés d’Europe, d’Asie ou d’Amérique du Sud.

Le développement du GNL et la mondialisation des échanges sont donc à la fois une aubaine pour l’Europe, puisqu’on estime qu’en 2030 la part des importations de GNL s’élèvera à environ 30 % des importations gazières européennes, mais sont également l’objet d’une intense compétition avec les zones de marché à forte croissance.

- En Asie par exemple, la croissance des marchés du gaz devrait être durablement portée par (i) la croissance démographique, (ii) le développement de la production d’électricité et (iii) les préoccupations croissantes en matière de politique environnementale. Cette croissance, de l’ordre de +500 bcm (milliards de mètres cubes) d’ici à 2030, sera pour bonne partie alimentée par la production de GNL, principalement du Qatar et d’Australie.

- De même en Amérique du Sud, avec une croissance annuelle de la demande de gaz de l’ordre de 3,5 % par an sur les deux prochaines décennies, les importations de GNL, aujourd’hui très faibles, prendront une place substantielle du mix d’approvisionnement. Elles pourraient être de l’ordre de 80 bcm à l’horizon 2030.

Dans ce contexte de concurrence pour l’accès aux ressources, les producteurs de gaz parmi lesquels la Russie ou de GNL tel le Qatar ont un rôle essentiel à jouer. La qualité du dialogue et de la coopération avec ces pays est d’importance primordiale.

Une incertitude importante subsiste toutefois sur le rôle présent et futur du gaz non conventionnel, en Asie notamment, et sur son impact sur les besoins d’importation de GNL. Mais à quel horizon ? Pour quelle ampleur ? On a en effet pu constater que le développement du gaz non-conventionnel aux États-Unis a sensiblement modifié les équilibres mondiaux, et a eu un impact direct sur le marché mondial du GNL.


LE FACTEUR « GAZ NON CONVENTIONNEL »

L’émergence du gaz non-conventionnel aux États-Unis devrait se traduire par la quasi autosuffisance du pays d’un point de vue de ses approvisionnements en gaz naturel.

Ce faisant, le continent nord-américain devrait rester isolé pour son approvisionnement en gaz pour quelques années, sauf à envisager un développement massif des exportations à partir des ressources de gaz non-conventionnel. Nous ne croyons pas à un développement significatif des exportations.

L’Asie et notamment la Chine, l’Inde et l’Indonésie présentent un potentiel important mais qui restera néanmoins limité à l’horizon 2020. L’Australie pourrait très rapidement représenter une base importante du développement de gaz non-conventionnel sous forme de CBM (coal bed methane, gaz de houille).

Le jeu des acteurs non européens
 
L’indécision de l’Europe sur la politique énergétique pourrait inciter les pays producteurs, au premier rang desquels la Russie et le Qatar, à s’écarter du marché européen et privilégier les marchés émergents. Dès lors la question pour l’Europe ne devrait pas être « Comment nous passer de la Russie ? » mais « Comment traiter avec elle ? ».  
S’il n’est pas question d’une OPEP du gaz, les pays producteurs sont cependant à la recherche d’un dialogue plus fort et plus nourri avec leurs marchés.


QUEL RÔLE POUR UN ACTEUR EUROPÉEN ?
 
Face à la croissance des incertitudes, il est nécessaire pour un acteur européen de renforcer l’intégration de ses métiers le long de la chaîne de valeur et de diversifier ses vecteurs de croissance géographiques.

L’intégration en amont doit sécuriser l’accès à la ressource. Étant donnés les investissements importants et les enjeux sur le long terme pour un approvisionnement fiable, il est essentiel de nouer des partenariats forts entre acheteurs et producteurs. Les relations de longue date, établies dans le cadre des contrats long terme, doivent se poursuivre et s’enrichir.

Par ailleurs, il est essentiel également, pour un acteur mondial comme GDF SUEZ d’être présent directement dans l’exploration-production. C’est évidemment un moyen d’accès direct à la ressource, notamment GNL, via des projets intégrés E&P-GNL tels que celui que le groupe développe en Australie. C’est également un atout supplémentaire pour la construction de partenariats diversifiés avec les grands producteurs.

L’intégration en aval doit augmenter les synergies entre le gaz, la production d’électricité et les services énergétiques. Une diversification des offres et une innovation continue sont en effet essentielles pour un développement de l’industrie gazière européenne, qui doit sans cesse rappeler le rôle majeur que peut jouer le gaz pour une économie respectueuse de l’environnement. Le gaz naturel a un brillant avenir dans le monde et en Europe.

À côté de ses marchés domestiques, le développement géographique vise à accroître la présence des entreprises sur les marchés les plus porteurs, dans les pays émergents.

C’est le choix qu’à fait GDF SUEZ, renforcé par la récente prise de contrôle d’International Power qui renforce le leadership mondial du groupe. GDF SUEZ devient ainsi le numéro 1 mondial du secteur en termes de chiffre d’affaires avec plus de 84 milliards d’euros et la 1ère « utility » en Europe par les volumes de gaz gérés (plus de 1 300 TWh), en plus de sa position de leader dans les services à l’énergie. Ce rapprochement accélère significativement le développement industriel du groupe et sa présence dans les marchés à plus forte croissance telle que l’Amérique du Sud, l’Asie et le Moyen-Orient.    


ÉLÉMENTS POUR UNE RÉFLEXION PROSPECTIVE

Quelles perspectives pour le développement des gaz non conventionnels en Europe ? – Le développement en Europe des gaz non conventionnels nécessiterait : (i) une meilleure connaissance des ressources ; (ii) de surmonter les oppositions déjà à l’œuvre ; voire  aussi (iii) un aménagement du droit minier. Le contexte d’exploitation serait très différent du contexte nord-américain, de part notamment la dimension des bassins exploitables ; et donc la capacité d’exploitation à des coûts raisonnables. À condition d’être rentable, l’option ne sera de toute façon pas ouverte avant une dizaine d’années.


Quelles évolutions de prix attendre en Europe sur le GNL ? – Du fait de la baisse de production de la mer du Nord, l’Europe va être contrainte d’augmenter ses importations de GNL. Une convergence intra-européenne des prix est déjà à l’œuvre entre les prix continentaux et le marché spot britannique. Des incertitudes pèsent néanmoins sur les évolutions futures : les prix européens vont-ils se rapprocher des prix asiatiques (plus élevés), et va-t-on vers  l’émergence de marchés suffisamment liquides et profonds ?

Des études de prospective ont été réalisées par les opérateurs, selon lesquelles les courbes de demande et d’offre devraient s’équilibrer en Europe d’ici 2013-2014 ; Une demande plus faible qu’attendue ou une maximisation des capacités existantes ou en projet, peuvent décaler cette période d’équilibre  vers 2017. La période charnière se situe en conséquence entre 2014 et 2017 ; c’est à cette période que la demande va considérablement influencer la formation des prix du GNL. (Pour les opérateurs, cela équivaut à dire qu’il reste encore, selon les conditions de marché, deux ou cinq « mauvaises années » à passer.)


L’atout de l’Europe, une concentration (française) de success stories – En dépit de la montée en puissance des opérateurs notamment asiatiques, en dépit aussi de sa pénurie de ressources, l’Europe dispose d’un atout majeur : celui de disposer des plus grands opérateurs énergétiques dans le monde : bien sûr BP et Shell, mais derrière lesquels viennent immédiatement Total, EDF, 1er électricien mondial, GDF SUEZ, 1ère utility mondiale, Areva, Technip, etc.


CONCLUSION

Le marché mondial du gaz doit être analysé à travers trois prismes : (i) le prisme du coût ; (ii) le prisme environnemental ; (iii) le prisme sécuritaire (la sécurité d’approvisionnement). S’agissant du coût, nous vivons actuellement une situation inédite avec le « tanker » du GNL qui se déverse actuellement sur l’Europe ; la question est de savoir pour combien de temps encore : a priori, deux ou cinq ans, nous verrons alors à quel niveau les prix convergeront. À moyen terme, au-delà de 2020, tout dépendra encore de la politique chinoise et sa volonté ou non de s’orienter, à l’instar des États-Unis, vers la production de gaz non conventionnels. Ce sont donc en définitive, trois horizons de temps qu’il convient de prendre en compte.

S’agissant des objectifs environnementaux et de lutte contre le réchauffement climatique, nous sommes là encore dans l’expectative ; les incertitudes demeurent sur les efforts qui seront à fournir et la contribution attendue (ou espérée) des nouvelles technologies.

S’agissant enfin de la sécurité d’approvisionnement, le GNL réinvente les schémas de production et de distribution de l’énergie.  Il ouvre la voie à de nouvelles options, dont l’Europe commence tout juste à prendre conscience. Si sa préoccupation principale a été d’assurer la convergence de ses marchés, ses intérêts sont aussi progressivement en train de converger via justement des marchés plus ouverts et  davantage connectés. Le contexte favorise un approfondissement européen ; et c’est heureux, car la course de vitesse est bel et bien engagée.


Martine LE BEC
rédactrice en chef adjointe de la revue Prospective Stratégique
rapporteur du Club Énergie

Prix TTC, dont 4 € de frais de port : 10.00 €

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Pièce jointe :publication_167_20110210_Energie_Marchemondialgaz.pdf

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