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La crise financière et les moyens d’y répondre

03Février 2009

La crise financière et les moyens d’y répondre : retour d’expérience



Idées-clefs
1/ Les facteurs déclencheurs de la crise
2/ La concurrence par « l’économie du savoir »
3/ Le développement salutaire des nouvelles technologies
4/ L’Europe doit trouver sa place dans le monde de demain
5/ Quelles solutions pour sortir de la crise ?
6/ Le paysage de l’économie mondiale dans les années à venir


1/ Les facteurs déclencheurs de la crise

Les années 2000 sont placées sous le signe de la spéculation financière, bien plus que la création de valeur. La course à l’optimisation financière, la mode de l’endettement par effet de levier permettant la redistribution du dividende, a mené à des absurdités telles que la montée du prix du bulbe de tulipe noire au même niveau que celui d’une rue d’Amsterdam !
Les facteurs de déclenchement de la crise sont nombreux, parmi lesquels on peut citer entre autre la cupidité et la frénésie de consommation à tout prix... En effet, les jeunes diplômés étaient et restent attirés par les métiers de la finance, beaucoup plus rémunérateurs que les entreprises industrielles et de services traditionnelles, qui ne disposent pas des mêmes effets de levier et ne peuvent donc pas rémunérer leurs ingénieurs aussi bien que le sont les banquiers. La commercialisation d’instruments financiers tels que les CDS (Credit Default Swaps), ont également contribué à l’hypertrophie de la spéculation financière, au détriment de la création de valeur.

2/ La concurrence par « l’économie du savoir »

Le retard de croissance provoqué par la crise sera très long à rattraper. Socialement, la situation est grave dans les pays « développés ».

La situation est différente dans les pays émergents:
-    La crise a eu peu d’impact sur le Brésil, que l’on pourrait comparer à la Russie « avec un gouvernement stable, un système juridique qui fonctionne, et un régime démocratique ». Si le Brésil continue à évoluer de cette manière, il pourrait devenir, d’ici 2050, la 4e ou 5e puissance économique mondiale.
-    En Inde, le marché intérieur va croître de 5 à 6% cette année.
-    L’économie chinoise se porte à merveille et le gouvernement a mis en place des programmes de relance massifs : en 2010, ils ont prévu de construire autant de TGV que dans l’histoire du TGV en France. En 2014, toutes les grandes villes seront reliées par un réseau de voies ferrées. Quand on pense qu’en 1993, Pudong n’existait qu’en maquette ! La Chine a investi 6 à 7% du PIB, bien plus que les autres économies, en valeur.

Les BRIC investissent dans « l’économie du savoir », dans la formation des élites intellectuelles, afin de nous concurrencer grâce à l’arbitrage par le savoir, et non pas par les bas coûts des matières premières ou de la main d’œuvre. La France, comme le reste de l’Europe, est confrontée à une pénurie de savoir. A titre d’illustration l’Inde forme 450 000 ingénieurs par an, versus 45 000 pour toute l’Europe de l’Ouest.

3/ Le développement salutaire des nouvelles technologies

Seule la performance technologique et le développement des nouvelles technologies devraient permettre aux pays les plus « développés » de se maintenir au niveau mondial. Les systèmes utilisés par les banquiers aux Etats-Unis sont archaïques. Les systèmes de front office sont défaillants et les systèmes de gestion des risques ont déjà 25 à 30 ans d’ancienneté. Les nouvelles technologies vont arriver dans les deux ou trois ans à venir et devront être utilisées pour rénover ces systèmes et sortir de la crise. La capacité de l’entreprise à s’ajuster va encore augmenter. Les réformes doivent être entreprises dès maintenant. On ne peut pas se permettre une autre crise, notamment dans le domaine du développement durable. L’utilisation des nouvelles technologies est d’autant plus vitale qu’elle est source de business.

Il faut donc investir dans ce qu’il se fait de nouveau (métiers d’avenir, nouvelles technologies, biotechnologies...) et surtout arrêter ce que l’on fait en ce moment, c'est-à-dire du « capitalisme d’Etat » (injection des millions pour sauver la « vieille » industrie automobile…) qui peut facilement dévier vers le protectionnisme et ses dérives…

4/ L’Europe doit trouver sa place dans le monde de demain


La crise permet-elle de réorganiser l’Europe ? Le problème de l’Europe émane de son manque de coordination. Plus qu’une union soudée, elle représente un conglomérat de décisions-consensus complexes. Une commission s’est préoccupée de divers sujets conjoncturels, mais pas de véritables changements structurels. Or, aucun pays européen ne peut affronter seul les problèmes.
L’Europe aurait tout à gagner à effectuer des économies d’échelle. Une fusion industrielle entre l’Allemagne et la France, par exemple, aboutirait à la création de la 2e économie mondiale et de nombreux champions mondiaux. Sans aller aussi loin, il est urgent de créer un vrai pouvoir politique européen, si l’on ne veut pas devenir un lieu de villégiature pour les BRIC. L’Europe a loupé de nombreuses « révolutions » technologiques : elle a raté Google, a inventé le MP3 mais n’en a rien fait. Ce sont les Américains qui l’ont repris et commercialisé. On a oublié à l’époque de prendre le seul marché intéressant pour l’avenir : les Etats-Unis. A cette période, l’Europe a optimisé les marchés locaux, qui n’avaient d’intérêt qu’à court terme. L’esprit d’entrepreneur doit impérativement être développé, afin de remédier à ces insuccès.

Par ailleurs, pour contrer la montée du chômage et développer les emplois en Europe, il conviendrait de soutenir les jeunes, de demander aux entreprises de faire un effort et, notamment, de rémunérer correctement les stages. Dans cette optique, faut-il que les gouvernements freinent la délocalisation ? Pas forcément, étant donné que la taxe carbone va considérablement modifier la valeur de chaque produit (coût de leur transport), ce qui pourrait permettre de ramener des emplois en Europe. Les gouvernements devraient également augmenter la flexibilité du travail.

5/ Quelles solutions pour sortir de la crise ?
Un Etat seul ne peut rien faire, il faut instaurer une action au niveau mondial.

Outre la régulation du système financier et l’investissement dans les nouvelles technologies, conditions sine qua non pour sortir de la crise et rester dans la compétition économique internationale, il convient d’agir dans les domaines suivants:

•    Des investissements urgents dans l’environnement : Nous devons construire des business model pérennes, pour éviter une nouvelle crise dans trois ou quatre ans, dont nous ne pourrions pas supporter les coûts. Le sommet de Copenhague doit impérativement réussir. Tous les acteurs économiques et politiques doivent déployer leurs efforts pour rendre le monde plus efficace, plus vert. La surproduction automobile pourrait être réinvestie dans le vert. A titre d’illustration, SAP va réduire son empreinte CO2. A noter que 2% de la pollution mondiale vient de l’informatique, soit autant que l’aérien.

•    Une transparence indispensable du secteur financier : Le manque de transparence des grands patrons et des grandes sociétés constitue l’un des fléaux majeurs qu’il convient d’éradiquer. Dans le secteur privé, on pourra se permettre de donner des leçons quand on fera preuve d’une transparence totale. Il conviendrait également de passer de “too big to fail” à “small enough to survive”, taille où l’on vit bien et où le risque systémique est impossible.

•    Une redéfinition du rôle du secteur public : Les gouvernements ont un rôle à jouer, mais se sont placés sur des segments privés pendant la crise. Or le secteur public doit être cantonné dans son rôle. Certes, à situation exceptionnelle, rôle exceptionnel, mais dès que la crise sera résorbée, les banques devront rembourser l’Etat, lequel devra se désengager. Mais pourra-t-on aisément le déloger ? Et le souhaite-t-on seulement ? Pour y parvenir, il serait judicieux de voter une loi de remboursement des dettes dès que la crise se terminera, pour éviter un krach de la dette publique identique à celui de la dette privée (cf. emprunts russes).

En ce qui concerne le grand emprunt, le problème concernera l’arbitrage des ressources face aux multiples pressions politiques pour son utilisation.


6/ Le paysage de l’économie mondiale dans les années à venir

Malgré plusieurs situations préoccupantes qui ne peuvent être ignorées, l’Afrique pourrait être le prochain moteur de la globalisation: une nouvelle génération de politiciens et d’entrepreneurs de qualité émerge à grande vitesse, sur ce qui sera le continent le plus peuplé d’ici une quinzaine d’années.
Brésil, USA, Russie, Chine, Inde, sont des « pays continents » qui travaillent à grande échelle. L’Europe, quant à elle, oscille entre marché libre et union morcelée. Pour peser plus lourd dans les débats du G20, elle devrait pouvoir parler d’une seule voix, d’où l’importance de l’instauration d’un vrai pouvoir européen s’exprimant au nom de tous les Etats-Membres.
La Chine a été la première puissance économique mondiale de la naissance de l’humanité à la fin du XVIIIe. Dans l’esprit des chinois, on revient donc à l’ordre des choses ! La Chine vient de donner une place prépondérante aux technologies vertes dans le plan quinquennal et devrait devenir un des leaders mondiaux dans cinq ans.
Anne Pousson

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