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Les répercussions de la crise sur le secteur de l'énergie


Les répercussions de la crise sur le secteur de l'énergie : perspectives et enjeux
PROBLÉMATIQUE
La crise internationale a eu pour effet immédiat d'alléger la pression sur le marché des énergies. Au-delà de ce phénomène de très court terme le McKinsey Global Institute, auteur du rapport Averting the next energy crisis: The demand challenge , envisage trois scénarios.
1. Scénario de récession modérée
2. Scénario de récession sévère - qui correspond aux prévisions du Fonds monétaire international
3. Scénario de récession très sévère - qui correspond aux projections de Global Insight
Selon le scénario, on retrouve une tension entre l'offre et la demande d'énergie dès 2010 et au plus tard en 2013. 80 % de la demande de pétrole seront aussi, au cours de la décennie qui s'ouvre, le fait des économies émergentes qui doivent alimenter leur croissance.
Deux mots caractérisent la période : l'INCERTITUDE et l'ASSYMÉTRIE des conséquences de la crise.
L'INCERTITUDE
Les marchés de l'énergie reflètent les chocs haussiers entre 2004 et 2008 puis baissier de l'économie mondiale depuis la mi 2008 où l'économie mondiale qui après une croissance extrêmement forte, a enregistré une rupture de tendance dont la rapidité et l'ampleur sont sans précédent.
L'ASSYMÉTRIE des conséquences
L'impact de la crise, c'est d'abord un effondrement de la demande d'énergie et une baisse des prix - vraie pour le pétrole et plus accentuée encore sur le charbon et le gaz, pour les marchés dérégulés.
Les conséquences sur l'offre apparaissent déjà, et elles seront de plus en plus fortes, et le risque de Supply Crunch n'est pas à exclure si le ralentissement des investissements déjà entamé consuisait à de nouvelles tensions sur l'offre quand la reprise économique sera là
Dans ce contexte, si les tendances à long terme - analysées dans le World Energy Outlook établi à l'horizon 2030 par l'AIE - restent complètement fondées, l'exercice de prévision apparaît particulièrement difficile à court et à moyen termes Les prévisions à court terme reflètent le ralentissement de l'économie mondiale et de la demande d'énergie. L'exercice se complique pour les prévisions à 5 ans effectuées chaque année par l'AIE et que nous publierons à la fin du mois de juin, car le calendrier et le rythme de la reprise économique mondiale restent très incertains, sans oublier les conséquences de la crise sur l'offre.
L'impact de la crise sur la demande pétrolière
Hormis le renversement de tendance extrêmement brutal survenu en juillet 2008, le prix moyen du baril de pétrole a été de 72 dollars US en 2007, 100 dollars en 2008 et 50 dollars sur le premier trimestre 2009. Assez curieusement, ce montant de 50 dollars équivaut au prix moyen de la période 2004-2005 pour des niveaux de demande identiques à ceux prévus cette année.
Deux erreurs ont été commises dans l'appréciation des conséquences de la hausse des prix.
1. La première a été de croire à l'inélasticité de la demande par rapport au prix.
Aux États-Unis où les prix reflètent les cours mondiaux, un effet de seuil est brutalement survenu lorsque l'essence a atteint le prix de 4 dollars le gallon. Si l'effet a été atténué en Europe, du fait du rôle d'amortisseur joué par la fiscalité, cet effet est cependant bel et bien survenu.
Seules ont été épargnés les marchés émergents à cause, d'une part de leur croissance soutenue et, d'autre part, d'un prix largement subventionné.
2. La deuxième erreur a été de croire au découplage entre la crise financière américaine et la croissance des pays émergents.
Fin 2008, la Chine et les pays émergents étaient eux aussi impactés par la crise.
Les prévisions de croissance du Fonds monétaire international - FMI, sont dès lors passées de + 4 % en juillet 2008 à + 2,2 % en novembre 2008, + 0,5 % en janvier 2009 et - 1,4 % aujourd'hui, en avril 2009.
En termes de demande pétrolière, cette conjoncture se traduit par une très forte baisse : - 8 % sur deux ans au niveau mondial avec aussi une stagnation de la demande dans les économies émergentes, ce qui représente un fait sans précédent. Le retournement est particulièrement flagrant au regard de la demande sur les produits directement liés à la production, aux transports et aux échanges commerciaux : le gasoil et le jet fuel.
Plusieurs certitudes demeurent :
1. La demande de pétrole continuera d'être tirée par les pays émergents.
2. Cette demande continuera aussi d'être tirée par les secteurs de l'industrie chimique et surtout du transport, avec des possibilités de substitution beaucoup moins fortes qu'après les premiers chocs pétroliers.
3. Une intensité de la croissance économique en pétrole en recul partout dans le monde.
Le FMI reste très optimiste en prévoyant la reprise dès 2010. Au-delà du débat qui pourrait être organisé sur cette question de la reprise, une interrogation nous intéresse qui est celle des liens entre croissance économique et demande pétrolière : ces liens vont-ils se maintenir tels que nous avons eu l'habitude de les appréhender ? Quels vont être les impacts des marges énormes d'économie qui vont notamment être réalisées aux États-Unis sur les surconsommations de carburant ?
L'impact de la volatilité des prix du pétrole sur le comportement des consommateurs sera durable.
À long terme, la question qui se pose est de savoir quel sera le mode de transport dans les pays émergents, à l'instar de la Chine où il est prévu le doublement du parc automobile à horizon 2030 dans notre scénario « business as usual ».
L'impact de la crise sur les investissements pétroliers
Trois facteurs risquent de jouer très défavorablement sur les capacités d'investissement du secteur :
1. l'impact de la baisse des prix sur le cash flow des opérateurs ;
2. l'incertitude sur la demande future ;
3. les difficultés d'accès au crédit.
Les dirigeants des grandes compagnies ont tous fait des déclarations rassurantes. Alors que le bilan financier est dans ce contexte très déterminant, les Majors voient leur situation davantage préservée que les opérateurs Indépendants. Parmi les entreprises les plus impactées figurent les compagnies russes, qui rencontrent d'importantes difficultés financières, mais aussi les compagnies canadiennes avec le pétrole non conventionnel et l'ensemble des indépendants qui, tous réunis, représentent une part considérable des investissements du secteur.
La baisse des investissements se traduira par une accélération du taux de déclin sur les gisements anciens. Cet effet est difficile à mesurer cependant que son impact peut être important sur l'offre : on prévoit une baisse de la production non-OPEP dès 2009, déjà très inférieure aux prévisions faites il y a six mois.
Dans ce contexte, il s'agit néanmoins de poursuivre les investissements afin d'être capable de répondre à la demande dès que celle-ci repartira et éviter une trop grande tension sur les prix. Cette précaution prise, la problématique du taux de déclin reste entière : pour compenser la fermeture des champs anciens, il faudrait investir d'ici 2030 l'équivalent de 5 fois la production actuelle de l'Arabie Saoudite.
Deux facteurs pourraient permettre de nuancer ce pessimisme :
1. d'une part, de la possibilité d'une baisse des coûts ;
2. et, d'autre part, de la possibilité d'une plus grande ouverture des pays producteurs aux investissements étrangers.
L'impact de la crise sur le secteur gazier
La situation du marché du gaz naturel est évidemment assez voisine de celle du marché pétrolier, avec cependant deux facteurs aggravants du point de vue du déséquilibre entre l'offre et la demande :
1. La hausse de la production de gaz aux États-Unis, de l'ordre de 10 %, grâce au développement des gaz non conventionnels.
Cette hausse entraîne un découplage des prix du gaz et du pétrole aux Etats-Unis. Elle devrait se poursuivre mais à un rythme ralenti du fait de la baisse des prix du gaz aux Etats-Unis . 2. La hausse de la production de gaaz natuurel liqéfiéCette plus grande disponibilité de GNL est concomitante avec le démarragede plusieurs grands projets de gaz naturel liquéfié, un peu partout dans le monde. au moment où la demande industrielle a chuté.Mais le besoin d'investissemnt reste important pour préparer l'après
2. Même si la demande de gaz naturel en Europe est incertaine compte tenu des incertitudes liées aux politiques électriques, et notamment nucléaires, d'un certain nombre de grand pays européens. On peut cependant prévoir une augmentation des importations du fait du déclin des gisements de gaz en Mer du Nord
3. L'émergence des gaz non conventionnels - En l'espace de cinq ans, le rêve est devenu réalité : le phénomène a été initié aux États-Unis, il est majeur et va d'autant plus se renforcer que les impacts de la crise outre-Atlantique sont sans commune mesure avec le reste du monde. La production gazière américaine était stable depuis 1985, alors que la demande augmentait ; ces dernières années, ces gaz non conventionnels ont permis une augmentation significative de la production, qui plus est en apportant une autonomie nationale nouvelle. Le phénomène renforce par ailleurs l'idée d'une re-régionalisation du marché du gaz.
L'impact de la crise sur le secteur électrique
L'avancement des investissements dans le secteur risque d'être particulièrement problématique. Le secteur électrique représente à l'horizon 2030 la moitié des besoins d'investissements énergétiques. Cela du fait :
- de l'augmentation prévisible de la demande, notamment des pays émergents ;
- du remplacement du parc de production de l'OCDE, vieillissant ;
- des nouvelles politiques climatiques qui seront arrêtées dans le régime post-Kyoto.
Plusieurs incertitudes demeurent aussi pour l'instant, sur :
- les priorités qui seront définies dans le régime post-Kyoto ;
- la capacité des entreprises du secteur à investir - Les bilans de ces opérateurs des Utilities sont, notamment aux États-Unis, beaucoup moins solides que ceux des grandes compagnies pétrolières, ce qui leur donne un accès beaucoup plus restreint au crédit ;
- enfin, le manque de visibilité sur les prix relatifs des diverses productions possibles. Si la relance du nucléaire ainsi que des énergies renouvelables - EnR, répond au défi du changement climatique, ces filières sont aussi les plus capitalistiques et donc les plus difficiles à financer, notamment dans une conjoncture financière tendue. On constate déjà aux États-Unis, un décalage entre l'affichage politique en faveur des EnR et la réalité du marché, marquée par un ralentissement des investissements.
Par ailleurs, deux autres points seront progressivement à prendre en considération, qui concerne, d'une part le potentiel de consolidation de l'industrie - avec le renforcement des Majors,par rapport aux indépenda nts, , et la montée en puissance des compagnies pétrolières chinoises qui multiplient les accords pour assurer leur accès aux ressources de pétrole et de gaz dans une perspective de long terme.
La crise, concomitante à la montée en puissance des économies asiatiques
Très présente en Afrique bien sûr, la Chine s'engage aussi en Russie : elle vient récemment de signer avec Moscou, un accord énergétique qui lui permet de s'assurer un approvisionnement en pétrole (15 millions de tonnes de pétrole brut, soit 300 000 barils / jour) pour les 20 prochaines années, en échange de 25 milliards de dollars de prêts aux deux géants pétroliers russes, Rosneft et Transneft . Cet exemple démontre la vision stratégique et financière à long terme des Chinois qui disposent aussi des leviers financiers nécessaires à la mise en ?uvre de cette stratégie.
L'accélération du basculement de l'équilibre des marchés vers les pays asiatiques est de fait particulièrement marquée ; elle se caractérise par une montée en puissance tant de la demande, que des capacités de production et de financement.
Des efforts accrus en matière d'efficacité énergétique
Tous secteurs confondus, les scénarios doivent intégrer les améliorations attendues en termes d'efficacité énergétique. Selon les scénarios alternatifs de l'AIE, à l'horizon 2030, l'efficacité énergétique contribuera à la moitié des efforts qui devront être déployés pour atteindre les objectifs de la lutte contre le réchauffement climatique.
ÉLÉMENTS POUR UNE RÉFLEXION PROSPECTIVE
Le scénario de référence - le scénario tendanciel, qui prolonge les tendances passées selon l'expression « Business as usual » -, était déjà avant la crise intenable. À court et moyen termes, les projections se concentrent aujourd'hui sur deux scénarios différenciés :
1. Le scénario d'une reprise rapide de la demande énergétique mondiale
C'est le scénario que soutient le FMI, en dépit des révisions successives à la baisse de la croissance mondiale. Ce scénario se caractériserait par des prix de l'énergie relativement bas continuant d'entretenir une forte progression de la demande. La demande de pétrole pourrait, selon ce scénario, se recaler sur une progression annuelle de l'ordre de 1 million de barils / jour. Chemin faisant, le marché a toutes les chances de se retrouver dans 5 ans au même point que l'an passé avec de nouvelles tensions sur l'offre et sur les prix du pétrole.
2. Le scénario d'une reprise plus lente
Ce scénario devrait au contraire favoriser des politiques publiques plus vertueuses, caractérisées par une plus grande maîtrise de la demande particulièrement dans le secteur des transports, et une diversification progressive vers les énergies non carbonées. Dans cette hypothèse, en matière pétrolière, un « pic de la demande » au moins dans les pays de l'OCDE viendrait éloigner le spectre tant redouté du pic de l'offre.
Vers un marché intégré européen - Au niveau européen, après beaucoup de résistances, à la fois des États et des opérateurs nationaux, la demande d'un marché davantage intégré se renforce. Cette demande va de pair avec une moindre capacité des États à jouer leur rôle de régulateurs et la nécessité pour les industriels - devenus transnationaux, d'opérer leurs investissements dans un cadre clairement défini.
CONCLUSION
Le McKinsey Global Institute prévoit une baisse de l'offre de pétrole encore plus forte que celle estimée par l'AIE. Certains scénarios de producteurs sont encore plus alarmants. Les analystes prévoient du coup une remontée assez violente du prix, qui surviendrait vraisemblablement d'ici 2012-2013.
Il convient de s'y préparer dès maintenant.
Un prix de référence - de 75 dollars de baril, devrait permettre d'asseoir des politiques publiques durables en faveur de l'efficacité énergétique qui seraient elles-mêmes un gage de stabilité pour les multiples opérateurs devant effectuer d'importants investissements.
Le challenge s'est aussi aujourd'hui porté sur la demande.
Aucun scénario de la continuité ne peut dorénavant avoir court.
Les scénarios alternatifs - ou substitutifs -, restent à inventer.
Et c'est là, in fine, qu'il convient de rester optimiste.
Martine LE BEC
Rédactrice en chef adjointe de la Revue Prospective Stratégique
& Rapporteur du Club Énergie
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