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Surveillance: du « flicage » ou un service ?
25Avril 2012
Auteur : Nicolas ArpagianThèmes : Sécurité intérieure, Technologies de l'information
Quand l’Etat surveille, c’est du « flicage », quand c’est une entreprise commerciale, cela s’appelle du service.
Dans un pays jacobin comme la France, le contrôle par l’Etat suscite la méfiance, tandis que l’indulgence dont bénéficient les prestataires de services numériques semble sans limite.
75% des utilisateurs français de téléphonie mobile souhaitent être géolocalisés. C’est ce que révèle la dernière livraison de l'étude annuelle "Mobile Life", publiée fin avril 2012 par l'institut TNS Sofres[1]. Et nos compatriotes sont d’ailleurs plutôt de grands consommateurs de ces solutions de géolocalisation puisque déjà « 31% des équipés français utilisent ces services, (contre 19% au niveau mondial) et 64% souhaitent y avoir recours à l'avenir ». Au-delà de l’assistance à la navigation, on comprend aisément que les opérateurs à l’origine de ces offres disposent d’une cartographie complète des déplacements d’un individu. Stockées sur une certaine durée ces informations sont évidemment très éclairantes sur le mode de vie des personnes ainsi baguées. Car sous prétexte de mettre à disposition de l’information locale ou des offres commerciales dédiées, le cheminement de la personne est scrupuleusement enregistré. Comparé avec celui de ses contemporains, il fera le miel des services marketing qui disposeront d’une photographie illustrée et à jour des comportements de la masse des consommateurs. Leurs déambulations, leurs rencontres, leurs rythmes de vie… On imagine mal (encore) un Etat proposer à ses citoyens de se livrer pour son compte à un tel pistage. Idem quand il s’agit d’un opérateur de messagerie électronique, tel Google, qui assume de jeter en permanence un œil attentif sur vos écrits et vos séances de surf sur la Toile afin de répertorier vos centres d’intérêt, vos achats ainsi que la liste de vos contacts. Un degré d’intrusion qui concerne tant la vie personnelle, et affective que les préoccupations médicales ou les projets de vacances futures. Soit une vision quasi-exhaustive de l’existence d’un individu que seuls les régimes totalitaires les plus aboutis développaient jusqu’à alors.
Quand on se souvient de la polémique relative au fichier Edvige, celui-ci étant en plus particulièrement mal conçu, on s’étonne qu’une telle mise en coupe réglée de nos existences puissent ainsi être élaborée dans une relative indifférence générale. Comment se fait-il que l’appartenance à un réseau social, l’octroi d’une messagerie électronique gratuite ou la faculté de recevoir en temps réel des coupons de réduction sur un téléphone mobile dès lors que je me promène dans un centre commercial, suffise à faire accepter la transformation des sujets que nous sommes en objets ? Quels mécanismes de l’esprit légitiment auprès du plus grand nombre ce renoncement à la vie privée et à la confidentialité de leurs déplacements ? Comment se fait-il a contrario que l’objectif ambitieux de l’exercice de l’ordre public ne suffise plus aujourd’hui à un ministère de l’Intérieur pour expliquer et justifier la tenue de fichiers spécifiques ?
Alors même, lorsqu’une crise survient, que les autorités et l’opinion publique exigent que l’on sorte d’un fichier le nom du coupable, quelques heures après le drame. A l’instar de ce qui s’est passé avec Mohamed Merah après les assassinats de Toulouse et de Montauban. En l’espèce tout le monde a trouvé naturel qu’il figure dans un fichier de personnes suspectes. Comme si on voulait pouvoir bénéficier de l’utilité reconnue d’un fichier de police sans jamais avoir à se préoccuper de la constitution ou de l’alimentation de celui-ci.
Les équipes marketing n’ont pas cette pudeur. Pour elles, la collecte d’informations concerne tout le monde et ne connaît pas de trêve. Elles sont aidés en cela par la soif d’équipements numériques des consommateurs, qui se chargent eux-même de baliser leurs existences selon les exigences de ces dataphages. Histoire de faciliter la collecte des précieuses données. Qui a dit que la vie privée n’avait pas de prix ?
Nicolas ARPAGIAN, Rédacteur en chef - "Prospective stratégique"




