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Stock options sur ordonnance
23Avril 2012
Auteur : Frédéric SpagnouThème : Finances
Haro sur les stock options. Grace à cet outil pervers, quelques patrons du CAC 40 engrangent des millions d’euros alors que l’économie est en crise, que les entreprises licencient ou ferment et que les salaires sont gelés. Tuons les stock options !
Mais quel est cet outil de Satan la « stock option » ?
C’est un droit consenti par la société, le jour J, a un de ses employés, le plus souvent un cadre supérieur, d’acheter dans le futur une action de la dite société à un cours de Bourse fixé le jour J.
Si le cours de bourse est de 10 euros ce jour J, la société me donne par exemple le droit d’acheter dans un an une action de la société à ce cours de 10 euros. Un an plus tard, le cours est à 9 euros, je ne vais surtout pas acheter une action à 10 euros alors qu’elle en vaut 9 ! je n’ai rien gagné.
Par contre si l’action est montée à douze euros, j’exerce mon droit d’acheter une action à 10 euros et si je la revends immédiatement j’engrange deux euros.
Ce droit est le plus souvent accompagné de conditions. Je dois être encore présent dans la société au moment ou j’exerce mon droit, les droits sont étalés dans le temps, par exemple je peux convertir en action un tiers chaque année des stock options qui m’ont été accordées. Il me faudra donc attendre trois ans pour bénéficier de l’entièreté des droits.
C’est donc à la fois un outil de rémunération et un outil de fidélisation.
Point majeur, souvent oublié, ce droit n’influe en rien sur les profits de la société. Il ne lui coûte rien du tout. Ce n’est pas l’équivalent d’une prime ou d’un bonus qui pourraient entrer en concurrence avec la capacité d’investissement de la société ou bien une augmentation de salaire de l’ensemble des salariés. Une stock option ne coûte rien aux employés de la société, ni à ses fournisseurs, ni à ses clients d’ailleurs.
Qui paye ? Les actionnaires ! On prend aux riches pour distribuer cet argent. Sans stock options, l’argent qui aurait pu bénéficier aux titulaires de celles-ci irait directement aux actionnaires.
C’est un moyen de mieux récompenser ceux qui ont pris les bonnes décisions au quotidien et ont bien travaillé pour le succès global de la société, sans léser aucunement les autres salariés.
Dans le contexte actuel français où l’on cherche, par tous les moyens et ce quel que soit le bord politique, à mieux équilibrer le partage des richesses entre le travail et le capital, les stock options vont dans le bon sens.
Si tout était si parfait, pourquoi ce tir de barrage contre ces stock options ?
Il leur est principalement fait deux reproches.
Le premier consiste à constater le partage caricatural de ces stock options fait par certaines parmi les plus importantes et les plus visibles. En effet s’il y a des sociétés où plusieurs centaines de cadres sont bénéficiaires de stock avec des schémas de distribution progressifs et raisonnables, la presse s’est fait écho de pratiques moins consensuelles ou un seul dirigeant voire un petit nombre se comptant sur les doigts d’une main bénéficiaient d’un pourcentage énorme des stock options disponibles.
Le système devient alors un outil terrible de désolidarisation des équipes. D’un côté, ceux qui en ont et de l’autre ceux qui n’en ont pas, avec à la clé des écarts de rémunération colossaux et un ressentiment parfois violent.
« Tout pour un mais plus d’un pour tous » pourrait être la devise de ces accaparateurs. C’est un vrai problème.
Mais, à propos, qui détermine le nombre de stock options disponibles, les modalités d’attribution et la clé de répartition entre les personnels de ces stock options ?
Le conseil d’administration a cette tâche. C’est donc lui le premier responsable des dérives. Cette mauvaise utilisation des stock options est un problème principalement franco français lié au dysfonctionnement bien connu des conseils d’administration des grandes sociétés et à la consanguinité de leurs membres.
Le PDG de la société A est également administrateur de la société B dont le PDG est un des administrateur de la société A. Donc, si tu es généreux avec moi, je serai généreux avec toi. Effet pervers garanti.
Quelquefois, il s’agit plus curieusement d’un autre syndrome qui veut que le privilège des stock options soit réservé aux membres d’une élite, d’un club très fermé, comme le club de golf de Saint Nom la Breteche. On en est ou on n’en est pas, retour des castes de l’ancien régime.
Donc supprimons les stock options ?
Raccourci étonnant ! supprimer les stock options pour cette raison est équivalent à supprimer l’aspirine des pharmacies au motif que certains en abusent. On oublie les bienfaits du médicament pour la plupart des patients.
Si le danger s’avère plus répandu que quelques cas pathologiques, on met habituellement le médicament sous ordonnance.
Pourquoi ne pas le faire pour les stock options. Plusieurs options sont en stock.
• Systématiser en assemblée générale, le vote non seulement du nombre de stock options à émettre mais également leur répartition ;
• Réformer la composition des conseils d’administration, interdire ces « consanguinités » et/ou bien augmenter le nombre d’administrateurs totalement indépendants et non cumulards.
Le second grief fait à ces stock options vise l’effet pervers qui pousserait les dirigeants bénéficiaires de ces stock options à privilégier une politique uniquement axée sur le cours de bourse et son optimisation à moyen terme, pour être plus précis à l’échéance des gros paquets de stock options.
Dit d’une autre façon, l’objectif du PDG serait de maximiser son patrimoine et non le patrimoine de l’entreprise. « take the money and run » diraient les américains. Cette stratégie pourrait menacer clairement la santé long terme de la société.
Une approche macroscopique tend à limiter la portée du risque. Longtemps on a vanté le management long terme des japonais et vilipendé le management court termes des américains. Aujourd’hui ce discours est moins porteur car les sociétés citées alors en exemples comme Sony ou Olympus ont beaucoup plus de soucis que les stars américaines, Google, Apple ou Mac Donald qui usent sans vergogne des plans de stock options.
Là encore, une bonne répartition des stock options notamment dans le temps permet d’éviter ce danger. Si votre plan annuel de stock option est étalé sur une période de cinq ans, il est difficile de spéculer sur le cours de bourse pendant une si longue période. La meilleure façon pour le PDG de maximiser ses gains, consiste à développer sainement l’entreprise qu’il dirige
Enfin, on aurait trouvé le médicament de remplacement, sans effet pervers : les actions gratuites.
Quelle invention superbe. En effet si une société ne performe pas bien, les stock options accordées perdront rapidement 100% de leur valeur, zéro absolu, sanctionnant très fortement toute sous performance. Bref, les stock options ne rapportent que si la société va bien. Ca me semble une réelle qualité de ce médicament.
Par contre, dans le cas de dons d’actions gratuites, si la société voit ses résultats baisser, son cours va baisser et perdre 20%, voire de 50%, ce qui est le reflet d’un parcours catastrophique. Les dirigeants. seront quand même récompensés, touchant 50% des sommes accordées alors que, au même moment, les bonus des salariés seront probablement proches de zéro. Quel modèle d’équité et d’exemplarité !
Sachons raison garder, que les excès de quelques conseils d’administrations ne viennent pas tuer une invention qui a fait ses preuves et continue à les démontrer dans l’ensemble du monde capitaliste. Ou bien, est ce l’expression d’un souhait caché de sortir de ce monde capitaliste tant décrié ?
Frédéric SPAGNOU, Directeur du programme Transport - Commissariat général à l'investissement




