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XVIIIème Congrès national du Parti communiste chinois: un tournant historique?

19Mars 2012
Auteur : Axel MarchandThème : Asie - Moyen Orient

A l’automne 2012 se tiendra le XVIIIème Congrès national du Parti communiste chinois. Dix années après leur accession au pouvoir, les membres de la quatrième génération de dirigeants chinois (le duo Hu Jintao-Wen Jiabao en tête) vont être remplacés par Xi Jinping, Li Keqiang et tous leurs proches, nés après la fondation de la République populaire de Chine.

 
Une grande partie de l’attention des observateurs de la vie politique chinoise se focalise, à juste titre, sur ce changement générationnel. Il serait néanmoins regrettable d’ignorer la fenêtre unique sur la vie interne du Parti communiste chinois que constitue la tenue d’un congrès national.

Le XVIIIème Congrès va définir les orientations du Parti pour les cinq prochaines années


Tenu tous les cinq ans, le Congrès national constitue l’un des organes décisionnaires principaux du Parti communiste chinois. Les grandes orientations qui y sont définies reflètent les positions des deux mille délégués sur les sujets qui les préoccupent.

Dans un premier temps, le bilan des cinq années écoulées y est établi, avant de s’intéresser à la situation présente du Parti.

L’essentiel du temps de travail de cette semaine de congrès réside cependant et avant tout dans l’édification de consensus sur l’ensemble des sujets auxquels le Parti devra s’atteler au cours des cinq années suivantes.

En début de Congrès, un projet de rapport est présenté par le secrétaire général du Parti, devant l’ensemble des 2 070 délégués. Il ne s’agit en aucun cas des opinions personnelles de ce dernier (comme lors du discours américain sur l’état de l’Union), mais de la présentation du consensus au sein des instances dirigeantes du Parti.

Les modifications apportées au projet initial sont le fruit de longues tractations et témoignent de l’état des rapports de forces entre les différentes factions. En ce sens, à l’instar des plans quinquennaux, le Congrès national constitue l’une des clés de compréhension d’une vie politique pour le moins opaque.

Une fois le rapport définitif adopté par l’ensemble des délégués, le Bureau politique du Comité central et son Comité permanent sont incités à s’y référer, dans l’exercice quotidien de leurs responsabilités.

Le choix des délégués et des instances dirigeantes témoignent les changements au sein du Parti

En premier lieu, le nombre de délégués est directement corrélé aux membres du Parti communiste chinois. Dans le prolongement de l’augmentation des effectifs du Parti, le XVIIIème Congrès national accueillera 2 270 délégués, soit 57 membres de plus qu’en 2007.

Le nombre de délégations a également évolué au fil des congrès, atteignant quarante en 2012. A celles des 31 provinces (et de Taiwan) se sont adjointes celles des organisations centrales du Parti, des ministères, une autre des entreprises d’Etat, ou bien encore des banques, de l’armée populaire de libération, de la police armée du peuple. Le XVIIIème congrès accueillera pour la première fois des délégations de Hongkong et de Macao (précédemment incluses dans celle de la province du Guangdong).

La composition même des délégations caractérise la volonté d’inclusion des instances dirigeantes communistes. Le département de l’Organisation a ainsi édicté un nouveau règlement plafonnant à 68% le nombre de cadres du Parti par délégation. Sont ainsi réservé 32% des sièges à des intellectuels, des entrepreneurs, des travailleurs et des agriculteurs, soit une hausse de 2% par rapport à 2007. Cette mesure étant une nouvelle déclinaison de la volonté d’inclure au mieux les forces vives de la Chine afin de pérenniser le Parti Communiste chinois.

La volonté de plus en plus forte de certaines franges du Parti de mettre en œuvre des mécanismes d’élections plus transparents et compétitifs s’est également affichée lors des derniers congrès nationaux. Si les choix des délégués et des membres du Comité central restent encore très majoritairement le fruit de tractations et de luttes de faction, une part croissante de compétition s’est imposée. Le nombre de candidats excède ainsi le nombre de sièges, au sein du Comité central notamment (en 2007, 221 pour 204, soit 8,3% de plus). En ce sens, les congrès témoignent de l’état du débat sur la « démocratie à l’intérieur du Parti » et les rapports de force qui en résultent.

Réduit souvent à un cérémonial purement formel de transmission du pouvoir, le Congrès national du Parti communiste chinois constitue, en réalité, l’une des rares occasions d’appréhender avec une certaine clarté la complexité de la vie politique chinoise. Aux yeux de l’observateur attentif, les rapports de force entre les différentes factions, le degré de consensus atteint sur l’ensemble des sujets de préoccupations (en premier lieu, la démocratie) y transparaissent simultanément au cours de cette semaine unique, véritable jalon de la vie politique chinoise.


Axel MARCHAND, Vice-Président, Phoenix-SIS

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