Accueil > Prises de position > Les armées dans la cité

Les armées dans la cité

15Mars 2012
Auteurs : Loïc Tribot La Spière, Michel Zarka, Luc-François SalvadorThème : Défense

Le budget de la Défense représente environ 10% du budget français soit 38,44 milliards d’euros dans le projet de la loi de finance 2011, en 3ème position, derrière l’Education nationale (16,8 %) et le règlement de la dette (12,8 %).


La part significative que représente le budget de la Défense dans le budget national impose que soit dans chaque préparation budgétaire démontrée la nécessité d’un tel effort.


Cette exigence est allée en s’accentuant ces dernières années et ne fera que s’accroître à l’avenir sous la pression de plus en plus forte des contraintes de la dette et des attentes plus pressantes des opinions publiques en matière de justice sociale, d’environnement…


Si, globalement, l’institution militaire continue de jouir d’une image plutôt positive, reconnaissons en revanche, et c’est là le paradoxe, que seulement une partie assez faible de la population a conscience de l’apport concret de la société militaire au quotidien des français, ce que traduit fort bien l’enquête d’opinion réalisée courant 2011 par le centre de recherche politique de sciences-po (CEVIPOF) et l’institut de recherche de l’école militaire (IRSEM) auprès d’un panel de lycéens et d’étudiants. L’armée est en effet plébiscitée très loin devant les institutions traditionnelles que sont les églises et les partis politiques, et incarne pour la jeunesse les grandes valeurs que l’on aspire partager dans la société (le courage, l’esprit d’équipe…). Précisons aussi que cette idéalisation du métier militaire est doublée d’une réelle méconnaissance du métier des armées et d’une réelle indifférence sur ce qu’elles sont amenées à faire. Les armées sont appréciées mais bon nombre de personnes ne savent pas ce qu’elles font au quotidien.


Les missions extérieures ne sauraient être le facteur focal et sont perçues de manière contrastée par les opinions, elles n’ont pas vocation, par ailleurs, à s’inscrire dans la durée. Ce serait en effet une erreur de souligner de manière accentuée l’utilité de l’armée et l’importance des budgets alloués sur l’engagement extérieur.


Il est en revanche important de démontrer le rôle inappréciable que jouent les armées au sein de la nation. Tout d’abord, en continuant à maintenir la paix en France et en Europe, en répondant aux missions de paix et de droit qui lui sont confiées et en assurant la protection et le rayonnement des investissements et des infrastructures des acteurs économiques à l’extérieur, en assurant des missions de protection en métropole et dans les territoires d’outre mer, sans parler du travail d’action civique au quotidien.


Chaque année, elle recrute entre 20 et 25 000 jeunes gens et pour nombre d’entre eux, l’Armée est la seule « porte ouverte ». Les armées sont l’émanation de la nation et elles représentent assez fidèlement la population française. Il convient en ce sens de rejeter cette expression incongrue du lien « Armée-Nation ».


Il est grand temps de mettre un terme à un certain nombre de mythes.


L’Europe est en panne sur tous les plans et impose aux Etats responsables de maintenir un effort cohérent et crédible.


La Défense est trop souvent perçue sous l’angle des dépenses engagées, sans que soit apprécié le coût d’opportunité de son absence. En d’autres termes, évaluer les dépenses qu’il faudrait engager pour :
- Assurer la non-guerre/la paix en Europe et dans le Monde
- Sécuriser les installations, protéger les investissements publics-privés
- Renforcer et assurer le bon fonctionnement des services publics en cas de crise
- Sociabiliser et intégrer la jeunesse…


La Défense n’est pas un domaine réservé aux militaires. Des ponts ont été construits entre la société civile et les armées. En ce sens, on doit souligner la dynamique amorcée par la réserve citoyenne. Il faut sans doute aller plus loin. Pourquoi ne pas envisager des expériences de stage du civil vers le militaire à différents moments d’un parcours professionnel. Par ailleurs, dans cet exercice bien compris du rôle des armées, pourquoi ne pas prévoir que les missions qui peuvent être effectuées au profit d’intérêts et de groupes privés soient évaluées et facturées ? Une façon de reconnaître la valeur du service des forces armées et de contribuer à maintenir un niveau acceptable les moyens alloués à la défense.

 

 

Luc-François Salvador, Membre du Comité Exécutif, Responsable des Relations avec le Ministère de la Défense, Président-Directeur Général de SOGETI
Loïc Tribot La Spière, Délégué Général – CEPS
Michel Zarka, Managing Partner – Oliver Wyman Delta
 

Retour aux prises de position

Recherche par thématique

Le CEPS en vidéo

  • Commander nos publications
  • Lien vers les galeries photos