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Quel positionnement face aux réserves chinoises de devises ?

09Décembre 2011
Auteur : Axel MarchandThème : Asie - Moyen Orient

En cette fin d’année 2011, les réserves chinoises de devises sont au cœur de l’actualité, sur l’ensemble des continents et au croisement d’enjeux financiers, économiques, internationaux et diplomatiques très importants.


En réponse à la crise de la dette en Europe, l’une des premières réactions fut de solliciter l’aide de la République populaire de Chine. Plusieurs émissaires se sont rendus à cet effet à Pékin, pour profiter d’une manne financière estimée à 3 200 milliards d’euros.


A l’opposé de cette vision de la Chine comme bouée de sauvetage des économies européennes, le Congrès américain multiplie les commentaires hostiles à l’égard de Pékin. Premier détenteur étranger de bons du Trésor américain, la Chine constituerait une véritable menace à l’indépendance économique des Etats-Unis.


En Asie, cette question des devises chinoises vient de s’immiscer dans le complexe dossier taïwanais. Une tribune du New York Times à appelé à échanger les bons du Trésor américain actuellement détenu par Pékin contre la fin du soutien américain à Taiwan, provoquant de vives réactions à Taipei.


Dans l’ensemble des pays en développement, la Banque mondiale se trouve confrontée à la concurrence de la Banque chinoise de développement (CDB) et de l’Eximbank. Plus rapide, moins bureaucratique et surtout rarement liée à des critères de protection de l’environnement ou de respect des droits de l’homme, l’aide au développement chinoise est intensément sollicitée, notamment en Afrique.


En Chine même, le gouvernement utilise les réserves de change afin de renflouer le système bancaire en quasi-faillite et d’éponger les colossales dettes des collectivités locales (estimées officiellement à 1,6 milliards de dollars).


Au final, les réserves de devises apparaissent clairement comme une bénédiction pour la Chine. Au faîte de sa puissance, Pékin disposerait d’une stupéfiante manne financière qu’elle pourrait utiliser selon son bon vouloir.


Il s’agit cependant d’une erreur d’appréciation qu’il faut absolument éviter de commettre, au risque d’être au mieux ébloui, au pire manipulé par Pékin.

 

La très grande majorité des réserves de change reste indisponible


Une très grande part des réserves de devises extérieures est détenue par la banque centrale, la  Banque Populaire de Chine.


Quand les exportateurs chinois empochent des devises étrangères ou quand des entreprises internationales investissent en Chine, la banque centrale chinoise achète des devises auprès de leurs banques respectives et émet en contrepartie des Yuans (en créditant les réserves de ces banques avec de la monnaie chinoise).


Par la suite, ces Yuans sont, dans une grande proportion, injectés dans l’économie chinoise, notamment sous la forme de prêts aux différents acteurs économiques nationaux (banques, collectivités locales, entreprises d’Etat, etc.).


Pour Patrick Chovanec, professeur à l’université Tsinghua,  utiliser ces devises pour renflouer, par exemple les dettes européennes, impliquerait de les retirer de l’économie chinoise. Cela aurait pour effet d’amputer une partie de l’appareil économique chinois, et de déstabiliser gravement son système bancaire.


Seule une portion de devises conservée en réserve au sein de la banque centrale chinoise est de ce fait investie à l’étranger. L’exemple le plus évident en est les 8% de bons du Trésor américain, qui inquiètent tant le Congrès.


En cela, la fameuse manne financière chinoise est bien moindre que communément admise. Elle constitue néanmoins une partie du problème de la dette en Europe et aux Etats-Unis.


Les réserves chinoises de change : symptôme d’un déséquilibre, mauvaise solution aux crises des dettes


L’excédent de devises détenues par la Chine témoigne d’un déséquilibre important de la balance commerciale, les exportations dépassant de 22% les importations. A l’opposé, premier et second partenaires commerciaux de la Chine, l’Europe et les Etats-Unis importent plus qu’ils n’exportent, alourdissant leur dette nationale. Entre un modèle économique fondé sur l’exportation et un modèle se basant sur la consommation, un cercle vicieux s’est instauré.


L’utilisation de la réserve chinoise de devises ne ferait qu’aggraver les difficultés sur les deux rives de l’Atlantique et constituerait une  -mauvaise – solution de court terme.


Si les Etats européens et les Etats-Unis souhaitent résoudre la crise de leur dette, Patrick Chovanec souligne que la solution réside en davantage de croissance. La République populaire de Chine peut, si elle le désire (ce qui reste à confirmer), soutenir ces efforts en investissant davantage en Occident et principalement en ouvrant véritablement son marché intérieur aux entreprises étrangères.


Un effet secondaire de ce soutien chinois serait de réduire à moyen terme les colossales réserves de devises. La Chine serait-elle cependant prête à affaiblir un tel outil stratégique ?


La Chine n’est pas autant en position de force qu’elle veut le faire croire


Bien loin de l’idée d’Occidentaux suppliant une Chine assise sur un tas d’or, Patrick Chovanec utilise plutôt l’image du commerçant qui autorise ses clients à multiplier les ardoises de peur que s’ils cessent de consommer, il se retrouve lui-même à devoir fermer boutique.


En ce sens, il convient d’éviter de voir l’ancien Empire du Milieu comme un potentiel sauveur qu’il faut supplier au moyen d’importantes concessions (levée de l’embargo, reconnaissance du statut d’économie de marché devant l’OMC, etc.).


La configuration actuelle est en réalité plus proche d’une prise d’otage mutuelle que de toute autre configuration.


Axel MARCHAND, Vice-Président - PHOENIX SIS


   




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