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Tunisie, Yémen, Libye... pour les peuples, l’inacceptable devient intolérable
La période que nous sommes en train de traverser est extrêmement grave et dramatique, tant au niveau historique qu’humain. Les événements survenus en Tunisie, relayés par les médias, les réseaux sociaux et les outils de communication personnels ont contribué à mettre l’accent sur une situation intolérable, à allumer une grande mèche démocratique : rejeter l’inacceptable. Consensus trop longtemps toléré et accepté par une communauté internationale considérant qu’une libéralisation démocratique ne pourrait qu’aboutir, à très court terme, à un rapt démocratique par les mouvements islamistes.
Nous avons assisté ces dernières années, dans nombre de pays arabes, à ce qu’il est convenu d’appeler un véritable chantage : l’acceptation de l’intolérable pour éviter le pire.
La mèche démocratique ainsi allumée amène à s’interroger : jusqu’où peut aller cette non prise en compte du respect de la personne humaine, du développement économique harmonieux et de la juste redistribution ?
Il est grave et extrêmement surprenant de voir que face à ces évolutions, globalement la communauté internationale, les grandes organisations et les différents Etats restent muets. Etonnant ! Comme si la seule réponse était le silence…
On aurait aimé entendre un certain nombre de grandes ONG, de belles consciences… A l’ère de l’immédiateté, ces non réactions ne peuvent que choquer.
Les grandes démocraties occidentales auraient-elles découvert, dans les circonstances présentes, leur incapacité à dire le droit, à le faire respecter et à l’accompagner ?
Ces récents événements ont permis de mettre en lumière des pratiques gouvernementales qui pouvaient être considérées comme mafieuses, comme en Tunisie ; de découvrir des modes de gouvernance d’un autre âge, comme en Egypte ; de voir un "guide" autoproclamé promettre au peuple libyen, avec le concours de son fils, le feu et le sang, en l’occurrence de demander aux forces armées et aux milices de tirer sciemment sur les populations, au nom de la raison d’Etat.
Surprenant qu’en plein XXIème siècle les Droits de l’Homme puissent être bafoués avec autant de vigueur et autant de déraison, sans qu’aucune organisation internationale ni aucun Etat, porteurs du droit, ne disent rien et tardent.
Le grand enseignement que l’on peut tirer des instants présents est que la société civile est la seule à véritablement se mobiliser, qu’elle a su prendre une place significative dans le concert international en constatant, en dénonçant vigoureusement et en acceptant même de prendre des risques.
Incontestablement, on peut considérer et affirmer que les nouveaux et véritables acteurs de la démocratie sont les représentants de la société civile.
Laetitia Sagno, chargée de mission Afrique, CEPS




